12.09.2011

Le blog des chrétiens qui s'engagent pour leur foi

259754195.3.jpgBonjour,

Cordiale bienvenue sur le blog des chrétiens qui s'engagent pour leur foi en Jésus-Christ. Rencontres avec des hommes et des femmes, qui ont pris au sérieux le message de l'Evangile. Ce blog leurs est dédiés. Que c'est différents témoignages de vies vous apportent tous ce dont vous avez besion  pour faire fructifier votre foi personelle et vous encourage à percévérer. Jésus se révéle à vous, accueillez le dans votre coeur et marcher avec lui sur le chemin de la vie et de la vérité.

Pour vous orientez sur ce blog utiliser la colonne de droite en choisisant la catégorie et le nom de l'article, le tout classé par ordre alphabétique. A présent le blog s'arrête mais reste en ligne. Merci à vous qui l'avez suivie régulièrement. Il est toujours possible de me contacter sous: bernard.ballmoos@gmail.com

 

Retrouvez moi sur mon site perso 


Soyez richements bénis

Bernard, webmaster 

09.09.2011

Portrait. Pierre DESPAGNE (1921-2009)


Pierre Despagne 2.jpgHommage à Pierre Despagne

Je souhaiterais par ces lignes honorer la mémoire de notre frère Pierre Despagne, évangéliste et docteur de la Parole, qui nous a quittés récemment pour rejoindre le Père. Il avait écrit le livre « Retour au Pays de la Bible » en 2004, et nous pouvons nous réjouir que notre frère Pierre ait rejoint sa « Patrie biblique  ».

J’avais une affection particulière pour Pierre Despagne. Tout d’abord pour son amour pour son cher Seigneur. Jusqu’au bout, Pierre a parcouru le Jura, sa région, et distribué ses petits livres, Bibles et feuillets d’évangélisation. Tout au long de sa vie, il a été un amoureux de la Parole. Sa passion pour Jésus-Christ l’a toujours habité. Vous pouvez trouver son témoignagepersonnel en cliquant sur ce lien. Pierre Despagne a trouvé le Seigneur lors d’un tragique épisode de la Seconde Guerre mondiale, et L’a servi fidèlement jusqu’au bout.

Miraculé de Mers-El-Kébir

Comme mon propre père, Pierre Despagne a vécu la bataille de Mers-El-Kébir, près d’Oran en Algérie. Le 3 juillet 1940, après la signature de l’armistice, la flotte française s’est vue attaquée par la marine britannique, dans la crainte de voir les Français se rallier à l’ennemi. Il y eut près de 2.000 morts, tués de mort atroce dans une mer en feu. Les navires encore au quai ne purent se défendre et le Cuirassé Le Bretagne, touché, coula en quelques minutes. Le contre-torpilleur de mon père, le Kersaint, put casser ses amarres et filer. Le Torpilleur où se trouvait Pierre Despagne fut aussi pilonné et Pierre vit beaucoup de ses camarades tués par les explosions de manière horrible. Il raconte le miracle de sa survie dans le témoignage . Mon père vécut la même tragédie. Ils étaient de la même génération – mon père est parti à l’âge de 94 ans en novembre 2004.

L’amour pour Sion

Ce qui nous rapprochait avec Pierre était également son amour pour Israël. On se rencontrait toujours dans les conventions messianiques où il était régulièrement orateur. Pierre a écrit des nombreux ouvrages sur le sujet d’Israël. Certains peuvent être téléchargés[1] – merci à l’Assemblée messianique Beit Yeshoua de Bruxelles. Pierre Despagne avait un rapport d’amitié étroit avec Paul Ghennassia, pasteur messianique, qui fonda les assemblées messianiques de Paris et de Bruxelles.

On peut le souligner, les écrivains français ne sont pas légion à avoir écrit sur le sujet d’Israël. Dans les églises de France et de Navarre, on hésite même à faire venir un pasteur ou un orateur pour prêcher sur Israël et l’amour de SION. Le monde chrétien anglophone est plus prolixe et davantage porté à bénir Israël. Il y a donc sur ce sujet de bons livres traduits de l’anglais que l’on peut se procurer. Mais déjà les ouvrages de Pierre Despagne nous sont une bonne source de profit. Voir sur ce lien internet « L’actualité prophétique en Israël » de Pierre Despagne.

Je rends grâce à Pierre Despagne pour ses livres sur Jérusalem, les fêtes de l’Eternel, les prop« L’actualité prophétique en Israël »héties, etc…, que je lisais alors que je débutais dans ma vie chrétienne, je pense aussi à son livret sur « le Tabernacle ». Ces ouvrages inspirés ont été une semence pour beaucoup. Nous prions régulièrement ici même à Jérusalem pour que le monde francophone s’ouvre à ce que Paul appelle « le mystère d’Israël » et que les chrétiens français considèrent les plans divins des derniers jours en faveur du peuple juif, qui joue un rôle prophétique fondamental dans la fin des temps que nous vivons, avec la venue glorieuse du Messie.

Nous nous associons à la peine de sa famille qui a perdu en Pierre un être cher. Qu’ils soient consolés par le Père Eternel. Sans doute Pierre Despagne a-t-il entendu ces belles paroles : « C’est bien, bon et fidèle serviteur… entre dans la joie de ton maître ». Que sa mémoire soit bénie,

Pasteur Gérald Fruhinsholz

Le 25 mars 2008
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[1] 1 « Israël dans la Prophétie - Miracle Etonnant » 2 – « Le Grand Retour au Pays de la Bible » 3 – « Guide de la prophétie biblique concernant le passé, le présent et l'avenir d'Israël et des nations » 4 – « 1948-1988 Israël An 40 » 5 – « Jérusalem la ville du Grand Roi

 


torpilleur-Despagne.JPGTémoignage d’un marin rentrant joyeux au port après un terrible naufrage.

Par le Pasteur Pierre DESPAGNE

" Ceux qui étaient descendus sur la mer dans des navires, et qui travaillaient sur les grandes eaux. virent les œuvres de l'Éternel et ses merveilles au milieu de l'abîme. Il dit, et il fit souffler la tempête, qui souleva les flots de la mer... dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, et il les délivra de leurs angoisses ; il arrêta la tempête, ramena le calme, et les ondes se turent. Ils se réjouirent de ce qu'elles s'étaient apaisées, et l'Éternel les conduisit au port désiré. "

(Psaume 107, 23 à 30)

 

Alerte en Mer

AU POSTE DE COMBAT~... Et le klaxon répandit dans tout le navire une sonnerie bruyante, capable de réveiller les marins les plus épuisés. Quatre heures du matin... Notre bâtiment, ancré en coupe du quai central du port, est brusquement sur le pied de guerre. Déjà, durant la nuit, la veille attentive avait été effectuée par les hommes de quart et maintenant nous scrutions l'horizon presque invisible par cette nuit épaisse de novembre.

Quelque chose de formidable commençait à se déclencher; un poste de D.C.A. situé sur une hauteur de falaise dominant le port, entra soudainement en action contre un avion, que nous n'avions ni vu, ni entendu. D'autres mitrailleuses se joignirent à cet abasourdissant concert; les sirènes de la ville se mirent à mugir, en même temps qu'une explosion suivie d'une lueur extraordinaire nous dévoilait qu'un pétrolier venait d'être touché en pleine mer par des canons à longue portée. Ce qui nous importait le plus désormais, c'était la manœuvre du navire s'apprêtant à franchir les passes du port, tandis que la canonnade s'intensifiait en fureur et en distance.

Qui nous attaquait? Grand mystère ! Tous, nous l'ignorions. Après avoir fait la manœuvre d'appareillage à la passerelle, je reçus l'ordre de gagner mon poste de combat qui se trouvait au P.C. d'artillerie. C'est à ce moment qu'un choc terrible secoua le navire; notre première idée fut qu'une bombe venait de toucher en plein cœur le bateau. Mais non, point du tout ! C'était une fausse manœuvre de la barre, causée par la précipitation des ordres, et aussi par la nuit épaisse: nous venions d'aborder la jetée qui fermait le port, face à la mer. La proue du bateau était déchiquetée et l'eau pénétrait dans les soutes situées à cet endroit.

Cependant, cet incident ne nous empêcha pas de reprendre la sortie du port; mais la vitesse du navire (environ six nœuds au lieu de vingt-neuf) était de beaucoup ralentie par les plaques de tôle dérivées qui causaient un grand remous à l'avant. Comment faire face à l'adversaire dans une position Si critique? Nous verrons plus loin comment cette fâcheuse circonstance devait sauver la vie à plusieurs d'entre nous.

Ce n'est qu'au lever du jour que l'ennemi se révéla dans toute sa puissance. Des escadres de bâtiments de guerre et des convois de cargos à perte de vue couvraient la mer.

Au fur et à mesure que la nuit faisait place au jour, le silence se rétablissait, mais pour peu de temps.

 

A L'ATTAQUE

 

Car c'est alors que, du poste central où je me trouvais, nous reçûmes les éléments nécessaires pour commencer le feu ; notre cœur allait battre à grands coups dans nos poitrines. Quel instant émouvant: Feu ! La première bordée nous plongea dans l'obscurité complète. Le poste central se trouvant juste en dessous d'une tourelle de canon, le vacarme fut épouvantable.

Je ne sais quel visage je pouvais avoir, mais lorsqu'une lumière de fortune éclaira la salle quelques instants après, le visage de mes camarades était semblable à celui d'une bête traquée. Ce fut d'abord à la flamme d'un briquet, puis d'allumettes, que la cadence rapide du tir put s'ensuivre, malgré les difficultés de réglage. Les pièces d'artillerie n'étaient cependant pas assez fortes pour atteindre l'adversaire qui se tenait à une bonne distance. Mais lorsque celui-ci déclencha la réplique, sa supériorité fut évidente dès le début.

Tandis que les obus sifflaient au-dessus de nos têtes, je ne saurais exprimer le frisson glacial qui parcourut mes membres. Personne ne fit la moindre réflexion, mais nul doute que chacun ne pouvait s'empêcher de penser pour qui serait le prochain obus. La porte de la salle d'opération étant bloquée, il était impossible de se représenter exactement la gravité de la situation.

Un choc violent fit frémir la coque du torpilleur qui venait d'être touché par un obus de gros calibre, à la ligne de flottaison, dans les machines à bâbord ; un deuxième obus éclatait à l'avant, un troisième à l'arrière, puis une avalanche d'obus détruisait les superstructures arrière; le projecteur à bâbord de la passerelle supérieure vola en éclats. Nous étions en plein dans l'angle de tir de l'adversaire; tout cela dura quelques secondes à peine, tellement la cadence était rapide.

Tout à coup le tir se dérégla; les sifflements s'éloignaient peu à peu de notre bord, les obus faisant jaillir d'énormes gerbes d'eau de plus en plus distantes de nous. Que se passait-il? Absolument un miracle, qui épargna un bon nombre de victimes, hélas ! déjà de beaucoup trop élevé. Mais, assurément, aucun d'entre -nous ne serait sorti vivant sans ce dérèglement subit du tir, produit, à n'en pas douter, par les remous trompeurs de notre navire.

Comme mentionné précédemment, les tôles béantes de l'avant défoncé causaient un grand remous d'écume, alors que nous marchions à une allure anormalement lente. Il est à penser que la vigie des bateaux adverses fut ainsi déroutée. Nos tourelles continuèrent à cracher le feu, mais nous nous trouvions dans une situation très grave. Plusieurs marins étaient tombés, blessés à mort, au pied de leurs tourelles ; ceux qui restaient étaient trop peu nombreux pour continuer le tir, et le bâtiment commençait à enfoncer.

Toutes nos ressources furent bientôt épuisées, et les postes de combat et de veille furent rompus ; il nous restait encore un peu de temps pour l'évacuation des blessés les bouées furent capelées, le sauvetage des documents secrets fut ordonné (j'en avais en partie la charge). Plusieurs s'affairaient à rassembler quelques précieux souvenirs ; pendant ce temps, je passai de l'avant à l'arrière du navire où se trouvait mon bureau.

Sur le passage, un spectacle effroyable m'attendait: la mort était passée là en plusieurs endroits il me fallut enjamber un camarade dont la tête était entièrement emmaillotée d'un pansement déjà ruisselant de sang j'appris qu'un éclat d'obus avait fait sauter sa cervelle ; le corps remuait encore dans ses dernières convulsions. Continuant de me diriger vers le bureau, en pensant récupérer quelque chose d'important, il me fallut bientôt y renoncer: tout était dans un chaos indescriptible. Les livres étaient déchiquetés en Si petits morceaux que l'on aurait pu croire ce travail exécuté par une famille de rongeurs.

C'est alors qu'un de mes camarades m'apprit la mort de l'officier torpilleur. " Est-ce possible, demandai-je, et où se trouve son corps? ". A quelques pas de moi, ce camarade me le montra du doigt, sans mot dire. J'avais compris ; je poussai un cri d'horreur et me cachai la tête entre les mains: un spectacle insupportable, que je n'oublierai jamais, était à mes pieds. C'était un amas de chair et de vêtements. S'agissait-il d'un corps humain ? Oui, c'était bien celui de cet officier, Si aimé du bord pour sa justice et sa bonté ; sa casquette galonnée se trouvait à ses pieds; dans cette bouillie de chair humaine, je distinguai encore ses souliers mais je préférai ne pas insister davantage ; les larmes voilaient mes yeux et je ne pus supporter de rester plus longtemps en cet endroit. J'ai su par la suite qu'après avoir donné l'ordre de lancement des torpilles et des grenades sous-marines, un obus atteignit cet officier en pleine poitrine.

 

NAUFRAGE

 

De nouveau, je partis vers l'avant l'officier d'ordonnance apprenant que je ne pouvais rien récupérer des documents, me demanda de sauver quelque chose de mes affaires personnelles : " Mais faites vite, dit-il, car il n'y en a plus pour longtemps ". En effet, nous penchions de plus en plus sur bâbord arrière ; cependant, je descendis dans le poste d'équipage, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture ; bien que mon caisson fût entièrement inondé, je réussis à ouvrir la porte et vis mon portefeuille qui contenait une petite somme d'argent, mais surtout les photographies de mes parents et amis ; je m'en saisis aussitôt.

C'est alors que sentant une oscillation plus prononcé du navire, je regrimpai sur le pont il était temps, car ce fut pour me lancer à l'eau avec quelques camarades se trouvant encore à bord; j'eus à peine le temps de nager assez loin pour ne point être pris dans les remous occasionnés de toutes parts, au fur et à mesure que le bâtiment enfonçait. Seul le commandant était encore sur le pont, les mains crispées au bastingage, le visage souriant, refusant de se lancer à l'eau ; pourtant, à force de lui crier: "Commandant, à l'eau ! Commandant, à l'eau !" il lâcha prise en même temps que notre navire chavirait, la proue pointée vers le ciel, pour disparaître dans le profond abîme, engloutissant avec lui douze cadavres.

Parmi eux, huit de mes camarades étaient morts brûlés vifs dans les machines à la suite de l'éclatement d'un collecteur de vapeur. Un témoignage saisissant fut donné par un de ceux qui réussirent à s'échapper; ces malheureux, aveuglés par la va peur cherchèrent à tâtons l'échelle pour remonter, mais en vain.

Je ne saurais dire quelle impression se fit en nous, lorsque nous vîmes la mer se refermer pour toujours sur ces chers compagnons ; j'avais de la peine à réaliser que tout ce qui venait de se dérouler en Si peu de temps était une réalité et non point un rêve.

Comment allions-nous maintenant atteindre le rivage rocailleux? Ce fut chose assez facile, étant soutenus par nos bouées sur une mer peu houleuse, et la distance nous séparant du rivage n'étant pas très grande. Une embarcation à moteur avait pu être mise à l'eau avant que le bateau sombrât, Si bien que les blessés purent être évacués, ainsi que plusieurs d'entre nous qui étaient exténués.

Je me souviens d'un blessé très grave; un canonnier, qui, s'étant jeté à l'eau en hurlant de douleur, se mit à nager, on ne sait comment, n'ayant plus qu'un bras et une jambe; un autre, un mécanicien, qui avait eu la chair mise à vif sur tout le corps par la vapeur des machines, nageait lui aussi en hurlant. Nous réussîmes à les hisser sur un radeau ; arrivés sur le rivage, ils n'avaient même plus la force de gémir, car ils avaient perdu presque tout leur sang le lendemain, ils succombaient tous deux à l'hôpital.

Il n'est pas possible d'oublier ce sombre dimanche, où la mort avait accompli son œuvre funeste sur plusieurs et nous avait tous frôlés de Si près. Lorsque le reste de l'équipage fut regroupé sur la côte déserte de l'Afrique, il nous fallut errer toute la journée avant de rencontrer âme qui vive. A plusieurs reprises, nous dûmes nous cacher dans les creux des rochers, à cause des avions ennemis qui nous mitraillaient. Enfin, le secours et la délivrance arrivèrent avant la nuit.

 

LE SAUVEUR

 

Cher ami lecteur qui venez de lire ce sinistre récit, permettez-moi de vous demander d'en continuer la lecture jusqu'au bout. Car ce n'est pas seulement pour relater un récit de guerre que j'ai été amené à écrire ce témoignage, mais c'est surtout afin de vous parler d'un personnage qui, bien qu'invisible, assistait cependant à cette violente rencontre. Ce personnage qui m'a puissamment fortifié, se nomme Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

Peut-être le connaissez-vous déjà comme votre Sauveur personnel ! Alors ce récit ne pourra que réjouir votre cœur, confirmant les expériences que sûrement vous avez déjà faites quant à son amour et à sa fidélité.

Sinon, mon vœu est que ce récit soit un encouragement à vous confier dans ce Sauveur qui a aussi un plan d'amour et de grâce pour votre vie, sans lequel il n'y aurait aucune espérance. Car la Bible, qui est la parole de Dieu, déclare que tous, ayant transgressé la loi divine, nous sommes sous la condamnation. C'est bien parce que nous sommes perdus que Dieu veut nous sauver; de même que les embarcations et les bouées de sauvetage ne furent utiles que pour les marins en danger, ainsi Jésus-Christ délivre tous ceux qui se tournent vers lui.

Qui que vous soyez, ce message est pour vous, même Si vous êtes un incrédule, un de ceux qui ont la religion en dégoût, vous êtes insatisfait, blasé ou déçu de cette vie.

Voici comment j'ai été amené à la connaissance de mon Sauveur et à l'assurance de mon salut éternel.

Né d'une famille catholique et entouré d'amis semblables, je fus élevé dans la crainte de Dieu, mais sans en connaître l'exacte portée tout ce qui. était religieux m'attira jusqu'à l'âge de onze ans. Après avoir fait ma Communion selon les rites de l'Église, je partis faire mes études comme pensionnaire dans un collège, où je subis l'influence déplorable de plusieurs camarades ; et bien vite je me plus à vivre dans le mal.

Mes études s'en ressentirent d'année en année je fis bien de la peine à mes parents qui espéraient toujours une amélioration. Mais lorsque l'on a pris goût au péché, on en devient vite l'esclave ; c'est la triste expérience que je fis. Tout ce qui, dans le domaine religieux, me paraissait beau autrefois, devint alors un sujet de moquerie, mon cœur n'ayant plus ni crainte, ni aucun respect pour les choses de Dieu.

C'est alors qu'à l'âge de dix-sept ans, je résolus de cesser toute étude; ce fut une grande déception pour ma famille. Un jour, je décidai de quitter la maison pour m'engager dans la Marine de Guerre. C'était en avril 1939. On parlait déjà, à cette époque, de bruits de guerre et de mobilisation partielle. Je fus attiré par les voyages en mer et par cette vie mouvementée du marin. Là, je me trouvai tout à fait dans mon élément, pouvant agir avec plus de liberté et me laissant entraîner au mal par les occasions plus nombreuses et dans des habitudes plus ancrées.

Il m'a fallu parvenir à la connaissance de mon Sauveur pour me décrire sous cet aspect de révolte, car au temps de mon ignorance, je n'aurais certes jamais pu me juger ainsi.

Mais voici qu'en 1941, par le moyen d'un autre marin, mon âme fut éveillée à la grande question de son salut: Quelle folie, me disais-je tout d'abord Comme simon âme avait besoin d'être sauvée! D'ailleurs, avais-je une âme, et qui pourrait s'en occuper mieux que moi-même?"

Ce premier entretien me laissa indifférent ; puis, après plusieurs brèves rencontres, mon cœur commença à s'endurcir, au point de contester ouvertement l'existence de Dieu. Vous pensez comme cela me gênait, m'outrageait même : Avais-je besoin d'un ami fidèle, plein d'amour et de miséricorde pour diriger ma vie? "Oh, je t'en supplie, disais-je à ce camarade pourtant Si aimable, n'insiste point, c'est inutile ". C'est ce qu'il fit d'ailleurs, mais en me remettant un petit livre intitulé " Nouveau Testament". "Ce ne sera plus moi qui te parlerai, dit-il en me quittant, ce sera Dieu lui-même par le moyen de Sa Parole que je suis heureux de t'offrir. "

J'acceptai ce petit livre, mais seulement comme souvenir, pas plus. Je l'enfouis bien précieusement au fond de mon sac de marin, sans savoir qu'il révolutionnerait ma vie, six mois plus tard. Pendant ce temps, je fus mis en contact, par ce camarade, avec des amis chrétiens habitant Oran, en Algérie. Ils me témoignèrent une grande affection au cours des deux semaines de congé que je vins passer auprès d'eux. Cela me toucha beaucoup, d'autant plus que j'étais loin de ma famille que je n'avais pu revoir depuis le début de la guerre.

A la fin de ce séjour, mon âme était vraiment troublée. L'Esprit de Dieu qui remplissait manifestement cette maison m'amena à une réelle conviction de péché ; et lorsque le serviteur de Dieu me demanda Si je ne voulais pas changer de vie et donner mon cœur au Sauveur, je tombai à genoux et je pleurai comme un enfant. Après qu'il eut prié, je ne pus, à mon tour, que balbutier quelques paroles de repentance, mais le Seigneur avait entendu et, dès ce jour, il entra dans ma vie et toutes choses devinrent nouvelles.

 

QUEL REPOS !

 

Ainsi, dans son amour infini Dieu me chercha et Il offrit sa grâce insondable au coupable condamné que j'étais. Saisissant par la foi que Jésus-Christ avait pardonné tous mes péchés en versant son sang sur le Calvaire, je fus rempli de joie et de paix. Oh ! La paix que Dieu donne n'est pas un vain mot ; et même au sein de la tempête, au milieu du déluge de fer et de feu, quel repos de confier sa vie à Celui qui nous aime et qui nous sauve parfaitement !

Au cours du tragique combat relaté dans les pages précédentes, tandis que mon être tout entier tremblait sous les bombes, mon cœur et mes pensées étaient cependant tournés vers mon Sauveur, que je sentais très près de moi. C'est Lui qui m'a soutenu et gardé dans cette sombre impasse, où, à vues humaines, il n'y avait que la mort comme issue, Mais, pour moi, ce fut la Vie, car Jésus le Ressuscité était là. Je repassai dans mon cœur les promesses que j'avais apprises dans la Bible. L'une d'entre elles, en particulier, me fortifia et s'accomplit ce jour-là, à la lettre : "Que mille tombent à ton côté, et dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint". (Psaume 91.7).

J'ai pu faire la différence entre ce jour béni et une autre expérience au début de la guerre où, pour la première fois, l'horreur de la mort et la peur de l'éternité m'avaient bouleversé. C'était vers la fin d'un bel après-midi, sur une mer d'huile, à bord d'un aviso escortant un convoi, lorsque l'alerte au sous-marin nous fut donnée par trois torpilles qui, par miracle, purent être évitées de justesse.

Nous fonçâmes alors droit vers le lieu présumé du sous-marin, afin d'y lâcher un chapelet de grenades. Après une attente d'un quart d'heure environ, le submersible fit surface. Immédiatement, nous mîmes le cap sur lui afin de le couler à l'abordage. Le choc fut très violent. L'étrave du navire pénétra Si fortement la coque du sous-marin que celui-ci sombra corps et biens.

Notre aviso, gravement endommagé, menaçait de suivre le même chemin. Au prix d'énormes sacrifices, et après avoir lancé à la mer tout ce qui pouvait l'être, même une grande partie du mazout, nous pûmes le maintenir à flot et naviguer toute la nuit pour atteindre le port le plus proche. Mais pendant ces longues heures, quelle angoisse à la pensée que d'un instant à l'autre nous pourrions être engloutis

 

QU'EN EST-IL DE VOUS ?

 

Ces lignes seront peut-être pour vous un avertissement solennel. Dieu nous parle au travers des épreuves. Il n'oublie pas de nous mettre ainsi en garde, car après la mort vient le jugement et chacun rendra compte pour lui-même devant le Dieu Saint et Juste ; Nul doute que ce jour sera terrible pour ceux qui n'auront pas été réconciliés avec Dieu. C'est encore le jour du salut; Demain il peut être trop tard. Le Sauveur frappe aujourd'hui à la porte de votre cœur. Répondez à son appel.

Ne vous laissez pas asservir davantage par le monde qui vous a Si souvent trompé, mais venez sans tarder à Jésus qui a vaincu la puissance du péché, et de la mort. L'Écriture nous dit: "Le salaire du péché c'est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur".

Pour ceux qui ont fait la paix avec Dieu, la mort ne sera qu'un transfert dans l'éternité bienheureuse avec Jésus, là où il n'y aura plus ni guerre, ni deuil, ni souffrance. Nous verrons enfin notre Sauveur face à face, et rien ne pourra plus nous séparer de Lui. Nous l'adorerons et le servirons éternellement. Est-ce là votre espérance? De plus, savez-vous que le Seigneur revient bientôt selon sa promesse? Après sa première venue, dans la souffrance et la plus grande humiliation, Jésus va revenir pour enlever son Église de ce monde mauvais et incrédule et Il l'introduira dans sa gloire. Êtes-vous prêt le rencontrer maintenant ?

J'ajouterai encore quelques lignes pour ceux qui regardent à leur salut sous le couvert d'une religion. C'est avec beaucoup de respect, mais aussi animé d'une profonde conviction que je dois vous dire que la religion ne sauve pas. Le diable veut vous contenter d'une religion avec beaucoup d'apparences et de sentiments. Toutes les religions humaines vantent les mérites de l'homme et l'incitent à se justifier par la pratique de bonnes œuvres~ Mais aucune de ces religions ne peut purifier le cœur de ses racines de péché, et vous laisse dans l'illusion et dans une fausse sécurité.

Seule la Bible nous révèle la voie du salut par grâce. Si vous ne possédez pas encore la Parole de Dieu, procurez-vous-la ; c'est par ce moyen que la lumière est entrée dans mon cœur qui peut désormais se réjouir dans l'assurance de son salut par la foi en Christ mon Sauveur, mort pour mes péchés et ressuscité pour ma justification.

Dans l'Évangile de Jean, Jésus déclare : "Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par Moi. " Jean 14.6. Jésus affirme également en Jean 5.24 "En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie". Ces garanties ne sont-elles pas suffisantes pour vous aussi ?

Pour ceux qui possèdent déjà la Bible, ne laissez pas ce livre dans un endroit obscur, mais mettez-le en évidence afin d'en faire votre lecture journalière. Demandez à Dieu que cette parole devienne une véritable nourriture pour votre âme. Sondez les Écritures, car ce sont elles qui nous révèlent la vie véritable ; cette vie commence dès ici-bas, dans la mesure où nous acceptons le dépouillement des biens éphémères de ce monde pour nous affectionner aux choses d'en haut, là où Christ est assis à la droite de Dieu. Le Seigneur deviendra alors le centre de votre vie, et vous donnera la Victoire en tous temps et sur toutes choses. Gloire à Dieu pour un Si merveilleux Sauveur ! N’est-il pas digne de notre amour ?

 

" Jésus monta vers eux dans la barque et le vent cessa. " (Marc 6.51)

Près de quarante années se sont écoulées depuis le tragique naufrage relaté dans ces pages. Mais Si le temps, ainsi que le monde avec tout ce qu'il renferme, passent rapidement, la joie et la paix que l'auteur a expérimentées dans cette circonstance, continuent de demeurer dans son cœur. Son seul désir est de partager avec vous de telles richesses qui valent plus que beaucoup d'or.

Portrait. Daniel Nash (1775-1831)

image (1).jpgDaniel Nash exerça pendant six ans le ministère de pasteur dans une petite église d’une ville perdue de New York, et voyagea pendant sept années supplémentaires jusqu’à sa mort avec un évangéliste itinérant qui était sa cible de prière. Autant que nous le sachions, il n’exerça jamais son ministère en dehors de la région du Nord de New York à l’époque où une bonne partie de celle-ci était bordée par la frontière. Sa tombe se trouve dans un cimetière oublié sur un chemin de boue derrière une grange où la vente aux enchères de bétail se pratiquait. Son église n’existe plus (…). Aucun livre ne raconte l’histoire de sa vie; on n’a retrouvé aucune photographie ni aucun journal intime, ses descendants (s’il y en a) sont introuvables, et ses messages sont passés dans l’oubli. Il n’a écrit aucun livre, n’a démarré aucune école, n’a dirigé aucun mouvement, et a généralement été perdu de vue.

Pourtant, cet homme connut deux fois le réveil en tant que pasteur, et fut alors l’une des figures clé de l’un des plus grands réveils dans l’histoire des Etats-Unis. Sous beaucoup d’angles, il fut pour les Etats-Unis ce que Hyde, l’homme de prière, fut pour l’Inde. Il est connu presque exclusivement pour son puissant ministère de prière.

Le grand évangéliste, Charles Finney, quitta son ministère itinérant au profit du pastorat trois ou quatre mois après la mort de cet homme. Finney ne comptait jamais sur sa théologie, ses messages, son style de prédication, sa logique, ou ses méthodes pour sauver les âmes. Il se confiait plutôt dans la puissance de la prière et dans l’œuvre puissante du Saint-Esprit qui en résultait - le Saint-Esprit soufflant dans l’audience amenant de fortes convictions- afin que les conversions soient profondes. Ceci pourrait très bien expliquer que 80 % de ceux qui s’étaient convertis dans ses réunions passaient avec succès le test du temps. Des années plus tard, Moody suivait un schéma similaire mais sans l’appui d’un tel guerrier dans la prière. Il vit peut-être 50 % de ses convertis tenir le coup. Aujourd’hui, un évangéliste célèbre (bien payé et hautement organisé) a récemment affirmé qu’il serait enchanté si 20 % de ses convertis étaient réellement convertis. Dans ces jours d’apostasie avec beaucoup de décisions mais peu de véritables conversions, avec beaucoup de programmes mais peu de prière, avec beaucoup d’organisation mais peu d’agonie, il serait sage pour nous de tirer des leçons du passé. Daniel Nash est un de nos saints pères dans la foi qui peut nous enseigner de telles choses.

(…) Nous savons tout au plus qu’il naquit le 27 novembre 1775 et le 11 novembre 1816 à l’âge de 40 ans, il accepta la charge de pasteur dans l’Eglise Congrégationnelle-Presbytérienne Stow’s Square, dans la petite ville de Lowville (…).

Durant sa première année de pastorat dans cette église unifiée, il connut un réveil avec au moins 70 convertis. Un des premiers qu’il baptisa était Sally Porter (18 décembre 1816) avec qui il se maria en février 1817. Il baptisa cinq de ses enfants avant le printemps et sans doute un sixième quelques années plus tard. Il fit face aux problèmes typiques dans les églises – contrats brisés entre les membres, hérésies concernant la Trinité, etc. – par une claire discipline d’église.

On commença la construction d’un lieu de prière le 7 juin 1819, et il fut " consacré au service de Dieu " le 13 décembre 1819 (…).

Durant la fin de son pastorat et le ministère qui suivit, il y eut un deuxième mouvement de réveil (1822) dans lequel plus de 200 personnes se convertirent. Ceci se passa dans une petite ville n’abritant que 308 maisons avec une population approximative de 2000 personnes ! Imaginez la situation suivante : Dieu bénissant un pasteur rejeté au travers d’un tel réveil, et l’église ne faisant aucune démarche pour le rétablir dans sa fonction ! A travers tout cela, Dieu était en train de briser et de préparer le cœur de l’homme qu’Il s’était choisi afin qu’il quitte un ministère public en vue du ministère caché de la prière.

Un tel rejet de la part de ceux qu’il aimait et qu’il avait servis eut un effet destructeur sur lui, et, à la fin de l’année 1824, il était si touché spirituellement que tout espoir humain d’un quelconque ministère de prière semblait impossible. A cette époque-là, Charles Finney devait passer une épreuve pour obtenir un diplôme de prédicateur, et il témoigne de sa première rencontre avec Daniel Nash comme suit :

" A cette réunion au presbytère, je vis pour la première fois le pasteur Daniel Nash, qui est habituellement connu sous le nom de " Père Nash ". Il était membre du presbytère. Une grande congrégation s’était rassemblée pour écouter mon interrogatoire. J’arrivai un petit peu en retard, et vis un homme debout devant le pupitre en train de parler aux gens, du moins c’est ce que je croyais. Je remarquai qu’il me regarda lorsque je rentrai; et je regardai d’autres personnes tandis qu’elles me laissèrent passer dans les allées. Dès que j’atteignis mon siège et que je commençai à écouter, je remarquai qu’il priait. J’étais surpris de le voir jeter des regards partout dans la maison comme s’il était en train de parler aux gens, alors qu’en fait il priait Dieu. Evidemment, cela ne ressemblait pas à mes yeux à de la prière, et il était à cette époque-là en fait dans un état très froid et rétrograde. "

Après cette réunion, Nash fut atteint d’un sérieux cas d’inflammation des yeux. Pendant plusieurs semaines, il dut être gardé dans une chambre sombre où il ne put ni lire ni écrire. Pendant ce temps, " il se donna lui-même presque entièrement à la prière. Il eut une terrible remise en question de toute son expérience chrétienne; et aussitôt qu’il fut capable de lire, avec un double voile noir devant ses yeux, il se jeta corps et âme dans l’enfantement pour les âmes. "

Ses efforts ne prirent pas la forme d’une évangélisation personnelle ou de prédication en vue de l’évangélisation. Au lieu de cela, il commença un des plus grands ministères d’évangélisation dans la prière jamais enregistré dans les annales de l’histoire. Cet ancien prédicateur rejeté et brisé s’adonna à un enfantement qui influencerait les personnes de prière jusqu’à ce jour.

Le travail d’évangélisation de Charles Finney commença dans la région d’Evans Mills, à New York, et là Daniel Nash se mit à la tête de l’œuvre par le biais de son ministère spécial de prière. Quand Daniel Nash arriva, Finney affirma:  " Il était rempli de la puissance de la prière. " Les deux hommes furent conduits à conclure un partenariat qui ne prit fin qu’avec la mort de Daniel sept années plus tard. Leur objectif était exprimé simplement dans une lettre comme suit :

" Quand Monsieur Finney et moi avons commencé notre course, nous ne pensions pas le moins du monde à aller parmi les ministères. Notre plus haute ambition était d’aller là où il n’y avait ni ministre ni réformation et d’essayer d’aller chercher les brebis perdues, dont personne ne se préoccupait. C’est ce que nous avons commencé à faire et le Seigneur a fait prospérer… Mais nous n’entrons dans la paroisse d’aucun homme à moins d’en recevoir un appel… Nous avons assez de place pour travailler et travaillons suffisamment pour en faire. "

L’équipe d’évangélisation fonctionnait sur la base de la prière comme préparation essentielle à l’évangélisation d’une région. Cette idée était si forte que Finney envoyait souvent Nash dans une région afin de préparer le lieu et les gens à sa venue. Souvent, cela prenait 3 ou 4 semaines de prière avant que la région ne fût prête. Examinons un petit peu plus en détail comment une telle chose était accomplie.

Quand Dieu montrait l’endroit où une réunion devait être tenue, le Père Nash se faufilait doucement dans la ville à la recherche de deux ou trois personnes qui entreraient dans une alliance de prière avec lui. Quelquefois, il avait avec lui un homme ayant un ministère de prière similaire, Abel Clary. Ensemble, ils commençaient à prier avec ferveur pour que Dieu agisse dans la communauté. Leonard Ravenhill nous en fait le récit suivant :

" J’ai rencontré une vieille dame qui m’a raconté une histoire sur Charles Finney qui a constitué pour moi une source de défi pendant des années. Finney alla à Bolton pour un temps de ministère, mais avant qu’il ne commençât, deux hommes frappèrent à la porte de la modeste petite maison de campagne de la dame, pour demander à être logés. La pauvre femme parut perplexe, car elle n’avait pas de place supplémentaire pour les loger. Finalement, pour environ 25 cents par semaine, les deux hommes qui n’étaient personne d’autre que les Pères Nash et Clary, louèrent une sombre et humide cave pendant toute la durée des réunions de Finney (au moins deux semaines), et là, dans cette cellule qu’ils avaient eux-mêmes choisie, ces partenaires de prière combattirent les forces des ténèbres. "

Un autre témoignage relate la chose suivante :

" A une certaine occasion, alors que je me rendais en ville pour y démarrer un réveil, une dame qui tenait une auberge me contacta. Elle me dit : " Frère Finney, connaissez-vous un certain Père Nash ? Ce dernier avec deux autres hommes ont été dans mon auberge ces trois derniers jours, mais ils n’ont pas mangé une seule bouchée de nourriture. J’ai ouvert la porte et j’ai jeté un coup d’œil à l’intérieur parce que je les entendais gémir, et je les ai vus face contre terre. Ils ont été dans cette posture pendant trois jours, couchés à plat ventre sur le sol et gémissant. J’ai pensé que quelque chose d’horrible leur était arrivé. J’ai eu peur d’entrer et je n’ai pas su quoi faire. Pourriez-vous s’il vous plaît venir pour vous occuper d’eux ? "

"  " Non, ce n’est pas nécessaire ", répondit Finney. " Ils ont juste un esprit d’enfantement dans la prière. " "

Un autre témoignage donne le compte-rendu suivant :

" Charles Finney réalisait si profondément le besoin du travail de Dieu dans toutes ses réunions qu’il avait l’habitude d’envoyer le pieux Père Nash en avance pour prier afin que la puissance de Dieu tombe pendant les réunions qu’il devait tenir. "

Non seulement Nash préparait les communautés à la prédication, mais il continuait aussi dans la prière pendant les réunions.

" Souvent Nash n’assistait pas aux réunions, et quand Finney prêchait, Nash priait pour un revêtement de l’Esprit sur lui. Finney déclara : " Je m’adonnais entièrement à la prédication, et le frère Nash se consacrait presque continuellement à la prière. " Souvent, tandis que l’évangéliste prêchait à des multitudes, Nash, dans quelque maison de proximité se jetait face à terre dans l’agonie de la prière, et Dieu répondait par l’effet des merveilles de Sa grâce. Malgré tout le juste mérite octroyé à Finney pour ce qui était fait, c’étaient les hommes de prière qui tenaient la corde. Les larmes qu’ils avaient versées, les gémissements qu’ils avaient poussés sont écrits dans le livre des chroniques des choses de Dieu. "

Il est dit de Finney que " son équipe d’évangélisation était constituée de partenaires de prière, qui allaient avant lui pour chercher le Seigneur dans quelque lieu éloigné. Et lorsque Finney prêchait, le Père Nash et Monsieur Clary étaient cachés quelque part en train de prier pour lui. Il est peu étonnant ainsi que des villes aient été remuées et qu’une grande moisson des âmes récoltée. " Ce concept d’équipe d’évangélisation constituée d’hommes de prière a été pratiquement perdu dans ces jours où abondent les organisateurs, les promoteurs, les grands noms, etc.. De tels hommes de prière non seulement soutenaient le ministère de Finney, mais expliquent la puissance de sa prédication et les résultats durables.

Charles Finney pouvait toujours compter sur le Frère Nash lorsqu’un obstacle se présentait lors d’une réunion. Une telle occasion survint une fois à Gouverneur où quelques " jeunes hommes semblaient se tenir debout comme un rempart pour empêcher le progrès de l’œuvre. "

" Dans cet état de choses, le Frère Nash et moi-même (Finney), après nous être consultés, décidâmes que cette chose devait être surmontée par la prière et que l’objectif ne pouvait pas être atteint d’une autre manière. Ainsi donc, nous allâmes nous retirer dans un bosquet pour nous consacrer à la prière jusqu’à ce que nous obtenions la victoire, et que nous sachions avec confiance qu’aucun pouvoir que la terre ou l’enfer pourraient interposer, ne serait autorisé, de façon permanente, à arrêter le réveil. "

Toutefois, il y a des moments où la confiance gagnée dans la prière requiert l’action, et nous étions dans un tel moment. Le Frère Nash était de nature un homme tranquille, et dans la pratique quelqu’un qui restait en dehors de l’attention publique. Mais la confiance dans la prière peut changer les choses si Dieu le conduit. Voici le récit que fit Finney même de ce qui survint lors d’un culte après que la victoire eut été emportée dans la prière.

" La maison où se déroulait la réunion était pleine. Vers la fin de la réunion, le Frère Nash se leva, et s’adressa à la compagnie des jeunes gens qui s’étaient assemblés main dans la main pour résister au réveil. Je crois qu’ils étaient tous là, et ils étaient assis l’esprit résolument tourné contre l’Esprit de Dieu. L’atmosphère était si solennelle qu’ils auraient pu réellement tourner en ridicule ce qu’ils entendaient et voyaient, et cependant leur air effronté et inflexible était apparent aux yeux de tous.

" Frère Nash s’adressa à eux avec un très grand sérieux, et leur fit remarquer la culpabilité et le danger de l’itinéraire qu’ils étaient en train de prendre. Vers la fin de son intervention, il s’anima en devenant infiniment expressif, et leur dit : ‘Maintenant, écoutez-moi, jeunes gens ! Dieu va vous rompre le cou dans moins d’une semaine, soit en convertissant certains d’entre vous, soit en en envoyant certains en enfer. Il accomplira la chose de façon aussi certaine que le Seigneur est mon Dieu !’ Il se tenait debout devant un banc d’église sur lequel il brandit sa main de haut en bas de telle sorte que le banc trembla. Il se rassit immédiatement, baissa la tête, et gémit de douleur.

" L’atmosphère dans la maison était aussi silencieuse que la mort, et la plupart des personnes avaient la tête courbée. Je m’aperçus que les jeunes hommes étaient agités. En ce qui me concerne personnellement, je regrettais de ce que le Frère Nash ait été allé aussi loin. Il s’était lui-même engagé à ce que, soit Dieu reprenne la vie de certains d’eux, et les envoie en enfer, soit qu’Il en convertisse certains, dans l’intervalle d’une semaine. Pourtant, le mardi matin de la même semaine, le meneur de ce groupe de jeunes hommes vint me trouver, l’âme dans la plus grande détresse. Il était entièrement disposé à se soumettre; et dès que je vins pour le presser, son cœur se brisa comme en enfant, il confessa ses péchés, et manifestement se donna lui-même à Christ. Il dit ensuite : " Que dois-je faire, Monsieur Finney ? " Je répondis : " Allez immédiatement trouver tous vos jeunes compagnons, et priez avec eux, et exhortez-les immédiatement à se tourner vers le Seigneur. " Il fit ainsi; et avant la fin de la semaine, pratiquement tout, si ce n’est tout, ce clan de jeunes hommes, avait placé leur espoir en Christ. "

Il ne fait aucun doute que l’inquiétude " excessivement déterminée " de Finney par rapport au fait " que son coéquipier ait été allé trop loin " en prenant en main le problème d’une façon aussi audacieuse, fut calmée par une réponse si rapide (du dimanche soir au mardi matin). Il n’eut jamais besoin de prononcer des paroles d’avertissement ou de correction à " cet homme de prière. "

Le ministère de prière de Nash le rendait " aussi remarquable dans son caractère à sa façon que Finney lui-même. " L’importance d’un tel ministère sur le ministère et le succès de Finney ne peut pas être surestimé. " Finney dépendait plus des prières des Pères Nash et de Clary pour faire descendre un réveil du Saint-Esprit que sur sa propre logique implacable. Nous sommes si habitués à la condition laodicéenne de l’Eglise que l’influence toute pénétrante de la prière au temps de Finney nous surprend. " Parlant du grand réveil à Rochester, " Finney déclara que l’élément clé qui déverrouilla les Cieux dans ce réveil était la prière de Clary, Père Nash, et d’autres gens anonymes qui se mirent eux-mêmes dans une attitude de prostration devant le trône de Dieu et Le supplièrent de déverser une effusion divine. "

Si l’on considère que les âmes étaient sauvées et la culture même de la région qui était transformée dans un réveil aussi profond, l’on ne devrait aucunement être surpris que ces co-ouvriers aient été persécutés. Une forme de persécution vint des ministères jaloux, une autre de ceux ayant d’autres convictions doctrinales, et une autre des perdus. De fausses déclarations étaient envoyées aux journaux par ses ennemis. Nash écrivit une lettre datée du 11 mai 1826, dans laquelle il décrivit certaines des oppositions rencontrées. Cette lettre dit en particulier :

" L’œuvre de Dieu avance en puissance dans certains endroits malgré de terribles oppositions. Monsieur Finney et moi avons été à la fois pendus et brûlés en effigie. Nous avons été fréquemment dérangés dans nos réunions religieuses. Quelquefois les opposants font du bruit dans la maison de Dieu; d’autres fois, ils se rassemblent autour de la maison et l’assaillent à coups de pierre ou tirent des coups de feu. Il y a presque autant d’écrits, d’intrigues et de mensonges et des bruits mensongers qui courent à notre encontre qu’à la veille d’une élection présidentielle. Oh, quel monde ! Combien il hait la vérité ! Combien peu enclin est-il à être sauvé ! Mais je crois que l’œuvre va se poursuivre. "

Dans cette lettre, il mentionne le fait qu’il a été avec Finney pendu et brûlé en effigie. Voici comment l’événement est rapporté :

" Dansant au dessus de vos têtes, se trouvaient deux figures distordues suspendues à des cordes. Dès que les torches les touchèrent, elles s’effilochèrent en flammes et la foule explosa en hurlements dans une joie absolue. Etait-ce une scène de lynchage,… une émeute raciale ? Pas le moins du monde. Il s’agissait d’un rassemblement religieux. Les créatures carbonisées qui brûlaient dans l’air représentaient l’expression de l’opposition publique à la prédication et à la prière de la plus grande équipe d’évangélisation d’Amérique. Charles Grandison Finney et son partenaire de prière, Père Nash, venaient tout juste d’être brûlés en effigie. Les prédicateurs tout comme les brûleurs de bancs avaient uni leurs forces contre les deux hommes qui firent plus de choses en faveur d’un réveil triomphant que n’importe quel autre paire dans l’histoire de l’Amérique. "

Les ennemis du réveil considéraient Nash comme un véritable partenaire à plein temps de Finney dans l’œuvre. Ils redoutaient et haïssaient sa prière au moins autant que la prédication de Finney.

Le réveil le plus connu de cette période de l’histoire américaine fut celui qui survint à Rochester, à New York. On considère que plus de 100 000 personnes se convertirent réellement durant ces réunions. Nash et Clary dirigèrent une équipe de prière avec l’assistance d’autres personnes. Ces deux hommes se ressemblaient tellement dans leur prière que l’un est souvent décrit pour expliquer l’autre. Une telle prière fervente dans l’agonie de l’âme amena des soupirs qui pourraient sembler étranges à nos yeux aujourd’hui. Nos gentilles prières accomplissent si peu, et évidemment elles nous coûtent si peu. Finney écrivit :

" Je n’ai jamais connu des personnes transpirant jusqu’au sang; mais j’ai connu une personne qui priait jusqu’à ce que le sang coule de son nez. Et j’ai connu des personnes qui priaient jusqu’à ce qu’elles soient mouillées de sueur, en plein milieu de l’hiver le plus froid. J’ai connu des personnes qui priaient pendant des heures, jusqu’à l’épuisement de leurs forces avec l’agonie de l’âme. De telles prières remportaient la victoire avec Dieu. Cette agonie dans la prière était répandue à l’époque de Jonathan Edwards, durant les réveils qui survinrent alors. "

Durant les réunions à Rochester, il y a plusieurs récits nous relatent l’agonie de l’âme que ces deux hommes expérimentaient quand ils priaient jour et nuit. Certains comptes-rendus mentionnent Nash, d’autres Clary, d’autres encore les deux. Il semble qu’ils étaient ensemble dans le jeûne et la prière la plupart du temps, pleurant et criant à Dieu. Quelquefois ils s’allongeaient à plat ventre sans avoir de forces pour se relever. Leur souci pour les pécheurs en perdition amenait une grande détresse dans leur pensée et leur âme. Ils gémissaient sous le poids du fardeau, ils mettaient en péril leur santé et abandonnaient le confort afin que la bataille dans les lieux célestes soit gagnée. Parfois, " ils se tordaient de douleur et gémissaient dans l’agonie " sur les âmes. Dieu honora leur cœur accablé par le fardeau des âmes et envoya le réveil. Ils avaient prié dans le secret et Dieu répondit publiquement. " Pratiquement tout le monde dans la ville se convertit. Le seule théâtre de la ville fut transformé en une misérable étable, le seul cirque en usine de savon et de bougies, et les bars et tavernes fermèrent. "

Oswald J. Smith explique l’importance de tels efforts dans la prière durant le ministère de Finney :

" Il prêchait toujours dans l’attente de voir le Saint-Esprit soudainement répandu. Jusqu’à ce que cela n’arrive, peu de choses (sinon rien) étaient accomplies. Mais dès l’instant où l’Esprit descendait sur les gens, Finney n’avait rien d’autre à faire que de les diriger vers l’Agneau de Dieu. Ainsi il vécut et trempa pendant des années dans une atmosphère de réveil. "

Nous refusons de nous adonner à de tels efforts et ne devrions pas nous étonner du manque de puissantes convictions divines. N’est-ce pas fort étrange que nous n’ayons aucun problème avec les gens qui se dépensent et s’usent la santé dans le sport par pur plaisir, dans le travail pour l’argent, dans la politique pour le pouvoir, et dans les programmes pour les œuvres charitables, mais que nous pensions que ce soit du fanatisme que de prier autant pour les âmes ? Nous mourrions pour la liberté nationale, mais jamais pour l’avancement du Royaume de Dieu. Est-ce si étonnant que nous voyions si peu Dieu agir puissamment ? Nash priait jusqu’à ce qu’il dût " aller au lit absolument malade, de faiblesse et sous le coup de l’évanouissement, sous la pression. " Le monde n’a aucun problème avec une telle consécration sauf quand il s’agit de la prière pour les âmes. Pourquoi est-ce que cela devrait être une chose étrange pour l’Eglise ?

Finney nous parle de cette relation entre la prière intense et la prédication efficace. En parlant de Nash, il écrivit :

" J’ai connu des chrétiens qui étaient en agonie lorsque le ministère allait se tenir devant la chaire, de peur que sa pensée ne soit enveloppée d’un nuage, ou que son cœur ne soit froid, ou qu’il n’ait aucune onction, et qu’ainsi qu’aucune bénédiction ne vienne. J’ai travaillé avec un homme de cette sorte. Il priait jusqu’à ce qu’il obtienne l’assurance dans son esprit que Dieu serait avec moi dans la prédication, et quelquefois il priait jusqu’à devenir lui-même malade. J’ai connu le temps où il avait été dans les ténèbres pendant une période, alors que les gens se rassemblaient, et son esprit était rempli d’anxiété, et alors il retournait encore et encore à la prière, jusqu’à ce que finalement il rentrât dans la pièce le visage placide en disant : " Le Seigneur est venu, et Il sera avec nous. " Et je ne crois pas que je l’aie jamais vu se tromper. "

Nash avait une grande confiance dans un Dieu qui entendait et répondait à la prière. Il ne se satisfaisait pas de s’arrêter de prier à moins que Dieu ne répondît dans une grande puissance. La prière jour et nuit, de grands combats et une santé affaiblie étaient le prix à payer pour que Dieu puisse agir avec puissance. Cela eut pour résultat l’ouverture des cieux, une puissance glorieuse, le salut des âmes, et la glorification de Dieu. Cela pourrait bien expliquer pourquoi 80 % des convertis de Finney tinrent debout sans jamais rétrograder. Cela peut aussi expliquer pourquoi moins de 20 % des convertis d’aujourd’hui demeurent fermes en Christ plus de deux ou trois ans.

Nous avons vu l’importance de la vie de prière de Nash à travers différents événements et résultats. Observons maintenant de plus près ses principes et ses concepts.

 

PRIERE PRIVEE

" Quelqu’un a demandé à Finney quel genre d’homme ce Père Nash était. " Nous ne le voyons jamais ", disaient-ils. " Il n’assiste à aucune des réunions. " 

Finney répondit : " Comme tous ceux qui prient beaucoup, Père Nash est une personne très discrète. " Montrez-moi une personne qui parle toujours et je vous montrerai un chrétien qui ne prie jamais beaucoup. "

La majorité des prières pour ceux qui étaient ainsi utilisés doit être faite en privé. Ils ne recherchent ni les regards, ni les oreilles des hommes, mais plutôt les oreilles de Dieu. Ils recherchent une chambre secrète pour être seuls avec Dieu. Nash utilisait une cave, une pièce dans une auberge, une maison à proximité, ou un bosquet rempli d’arbres où il pouvait déverser son cœur à Dieu seul ou avec seulement quelques autres ayant un fardeau et un cœur similaires. James A. Stewart insiste sur ce point : " Comme dans le cas de " Hyde, le Prieur " et de Père Nash, il se peut que ce soit une vie d’isolement éloignée du public chrétien en vue du ministère d’intercession. "

 

FERVEUR DANS LA PRIERE

Bien qu’il priât en privé, il priait cependant souvent avec une telle ferveur que d’autres prenaient conscience de sa prière. Ce n’était pas dans ses intentions, mais c’était simplement le résultat d’une âme accablée profondément par le poids du fardeau. La dame de l’auberge remarqua ses gémissements alors qu’il priait. Ses ennemis affirmaient " qu’il lui était impossible de prier en secret puisque, qu’il aille dans sa chambre secrète ou dans les bois, il priait avec une telle véhémence qu’on pouvait l’entendre à presque un kilomètre à la ronde. " Même si ce qui précède constitue une exagération de sa pratique normale, il existe un témoignage d’une telle occurrence :

" Lors du réveil à Gouverneur (dans lequel la grande majorité des habitants, d’après Finney, se convertit), Nash se levait très tôt et allait dans les bois pour prier. " C’était un de ces clairs matins ", disait Finney, " où il était possible d’entendre des bruits à une grande distance. " A environ un kilomètre de là vivait un homme inconverti qui s’arrêta soudainement en entendant une voix prier. Il fut capable de distinguer que c’était la voix de Nash, et cela amena sur lui un sentiment de la réalité de la religion tel qu’il ne l’avait jamais ressenti auparavant; il n’expérimenta aucun soulagement jusqu’à ce qu’il le trouve en Christ. "

 

LISTE DE PRIERE

Une liste organisée et systématique des personnes et des sujets de prière représente un outil classique des guerriers de la prière efficaces. La préparation de nos temps de prière, le listage de nos requêtes et la profondeur dans la prière aident à établir un ministère qui ait de la valeur. Cela nous permet aussi de nous réjouir d’exaucements à la prière grâce à des preuves écrites.

Nash utilisait une telle méthode :

" Nash avait une puissance remarquable dans la prière et avait l’habitude de se constituer une " liste de prière " comprenant des personnes pour lesquelles il priait quotidiennement en secret pour la conversion… Les exaucements de ses prières semblaient quelquefois presque miraculeux, car il ne réduisait pas sa " liste " aux noms des personnes dont il pensait qu’elles pourraient être atteintes par le réveil, mais les cas les plus inflexibles et improbables faisaient partie de ses sujets de prière, ce qui eut des résultats véritablement étonnants. "

Finney dit de Nash et de sa liste de prière : " Ayant prié avec lui et l’ayant entendu prier dans des réunions, je trouvais que son don de prière était merveilleux et sa foi presque miraculeuse. " Nash priait pour ces sujets non seulement chaque jour, mais encore plusieurs fois dans la journée.

Un autre problème des listes de prière est lié au fait de connaître la volonté de Dieu concernant les personnes à mettre sur la liste de prière. Marcher selon les apparences, c’est marcher par la vue et non par la foi. Être capable de croire Dieu concernant le salut d’une personne requiert d’être dirigé par Dieu quant aux personnes à mettre sur la liste. Nash semblait spécialement sensible dans ce domaine, puisqu’il mettait des noms selon qu’il se sentait dirigé, même s’il semblait que ces personnes fussent les candidats les plus improbables au salut. Finney, décrivant Nash et sa liste, dit :

" La pleine vérité sur le sujet, c’est que l’Esprit conduit un homme à prier; et si Dieu conduit un homme à prier pour un individu, nous pouvons inférer à partir de la Bible que Dieu a pour projet de sauver cet individu. Si nous constatons, en comparant notre état d’esprit avec la Bible, que nous sommes conduits par l’Esprit à prier pour un individu, nous avons de bonnes preuves de croire que Dieu est disposé à le bénir. "

Un exemple de la prière de Nash au bénéfice d’une personne peu propice au salut est souvent repris dans divers livres et présenté pour montrer la puissance de la prière. En voici un récit fait par Finney avec ses propres mots :

" Dans une ville située dans la partie Nord de cet état, où il y avait un réveil, il y avait un certain homme nommé D. qui était un opposant des plus violents et des plus outrageux. Il tenait une misérable taverne au coin du village et avait l’habitude de proférer des jurons à une fréquence désespérée dès qu’il se trouvait des chrétiens dans le champ de son écoute, dans le but de blesser leurs sentiments. Il commença à se plaindre des rues qui respectaient le réveil, et sa maison devint le refuge de tous les opposants au réveil. Un des jeunes convertis vivait presque de l’autre côté de la route où il était; et il me dit qu’il avait l’intention de vendre sa maison, ou de l’abandonner, pour déménager loin du voisinage, parce que chaque fois qu’il sortait et que D. le voyait, ce dernier pointait le nez pour injurier, maudire et dire tout ce qu’il pouvait en vue de l’offenser. Il n’avait été, je crois, à aucune de nos réunions. Bien sûr, il ignorait les grandes vérités de la religion et méprisait toute l’entreprise chrétienne.

" Père Nash nous entendit parler de ce Mr D. comme un " cas dur ", et il était très peiné et en proie à une grande détresse pour l’individu. Il mit immédiatement son nom sur sa " liste de prière ". Le cas pesait dans son esprit quand il dormait et quand il était éveillé. Il continua à penser à l’homme impie et à prier pour lui pendant des jours. De cette manière, l’Esprit de Dieu conduit des chrétiens individuels à prier pour des choses pour lesquelles ils ne prieraient pas à moins d’être dirigés par l’Esprit, et ainsi ils prient pour des choses " selon la volonté de Dieu ".

" Peu de jours après cela, un soir alors que nous tenions une réunion dans une maison remplie de monde, qui rentra soudain sinon ce notoire D. ? Son entrée créa une réaction considérable dans l’assemblée. Les gens craignaient qu’il ne soit venu pour créer des perturbations. La peur de lui et l’aversion pour lui étaient devenues très générales parmi les chrétiens, je pense; de telle sorte que, lorsqu’il rentra, quelques personnes se levèrent et partirent. Je connaissais son caractère, et gardais l’œil sur lui. Très vite, je commençai à me réjouir de ce qu’il n’était pas venu pour exprimer son opposition mais qu’il était dans une grande angoisse d’âme. Il s’assit et se tortillait sur sa chaise, et était très mal à l’aise. Il se leva vite, et tout tremblant me demanda s’il pouvait dire quelques mots. Je lui dis qu’il le pouvait. Il commença alors à faire une de ces confessions avec un cœur brisé comme je n’en avais presque jamais entendue. Sa confession semblait couvrir tout le domaine lié à la façon dont il traitait Dieu, les chrétiens, le réveil, et tout ce qui était bon.

" Ceci laboura profondément la jachère dans le cœur de beaucoup. C’était le plus puissant moyen qui puisse être utilisé, à ce moment précis, pour donner une impulsion à l’œuvre. D. sortit vite et professa un espoir, abolit toutes les festivités (y compris l’alcool) et les choses profanes de son bistrot; et à partir de ce jour-là, aussi longtemps que je demeurais là, et je ne sais pas combien de temps la chose dura, une réunion de prière était tenue dans son bistrot presque tous les soirs. "

Un tel récit démontre la puissance de Nash dans la prière par le biais de l’utilisation de sa liste.

 

PRIER AVEC D’AUTRES

Comme cela a été mentionné précédemment, Nash recherchait habituellement quelques autres personnes pour l’aider à porter la charge à chaque endroit où il allait pour se consacrer au ministère de la prière.

De nombreuses fois, il eut comme partenaire Abel Clary qui était pareillement doué et exercé dans la prière. Le fait de prier ensemble multiplie la puissance de la prière : " Un seul en chassera mille et deux mettront dix mille en fuite. " Les efforts de plusieurs personnes ayant un tel fardeau pour la victoire accroissent grandement la puissance de la prière.

 

CIBLER DANS LA PRIERE

La prière forte doit être la prière efficace. Il doit y avoir un effet désiré. Cet effet doit être défini et clair pour celui qui prie. Cet effet remplira l’esprit du saint et sera la cible de sa pensée, de sa préoccupation et de sa prière. La prière dispersée dans des directions générales sera de peu de valeur. Une liste constitue un point de départ dans ce sens, toutefois les sujets sur la liste doivent être ciblés un par un si nous voulons voir des résultats. Ecoutons Finney décrire la méthode de Nash à ce propos :

" J’ai fait la connaissance d’un individu qui avait l’habitude de tenir une liste de personnes pour lesquelles il avait une préoccupation particulière; et j’ai eu l’opportunité de connaître une multitude de personnes auxquelles il devint ainsi intéressé, qui furent immédiatement converties. Je l’ai vu prier pour des personnes sur sa liste lorsqu'il était littéralement dans une agonie à leur sujet; et je l’ai vu quelquefois chercher une autre personne pour l’aider à prier pour un tel. Je l’ai vu se cramponner ainsi dans son esprit à un individu possédant un caractère endurci, débridé, qui ne pouvait pas être atteint d’une façon ordinaire. "

Une telle prière requiert un effort mental qui tende vers l’effet désiré avec une vraie bataille dans l’âme. Se mouvoir d’un véritable fardeau vers une foi solide requiert souvent le chemin de l’agonie de l’âme. Nous nous replions trop souvent sur le fatalisme, l’indifférence, ou alors nous reportons la responsabilité sur les perdus. Avant que nous n’obtenions la bénédiction désirée, il nous faudra sans doute lutter avec acharnement dans la prière. Ceci se situe sur un plan beaucoup plus éloigné que le domaine physique. Il se peut que ces luttes dans l’âme et dans l’esprit produisent plus que de la fatigue dans le domaine physique. Mais l’agonie du corps n’est que le résultat d’une telle prière, et non pas une partie intégrante d’elle. Certains voudront contrefaire cette lutte de l’âme par des manifestations physiques. Cela peut tromper l’homme mais une telle hypocrisie n’est d’aucun secours dans le tribunal des Cieux.

 

PRIERE DE LA FOI

Nash était convaincu que nous sommes responsables de la destinée des âmes. Il ressentait que Dieu nous a confié de grands outils, et leur utilisation ou leur non-utilisation serait un objet sérieux pour lequel nous aurons à rendre compte à Dieu. Son ministère de prière avait incorporé ce principe comme une prémisse fondamentale. Il était méprisé par ceux qui soutenaient une position plus fataliste. Il écrivit en réalité une lettre à ce sujet peu avant sa mort. La seule partie de sa lettre qui ait survécu, à notre connaissance, est un ensemble d’extraits reproduits dans un livre attaquant sa position. Nul ne sait avec quelle fidélité ils représentent sa position, mais en tout cas, ils nous en donnent quelques aperçus et quelques points à méditer :

" Depuis que vous êtes ici, je pense à la prière – particulièrement à la prière pour le Saint-Esprit et pour Sa venue. Il me semble que j’ai toujours limité Dieu à cette requête… Je n’ai jamais senti le besoin, jusqu’à ce que vous nous quittiez, de demander sérieusement à Dieu qu’Il fasse descendre toute l’influence de l’Esprit; non seulement sur les individus, mais aussi sur un ensemble de gens, sur toute une région, sur tout un pays et sur le monde entier. Samedi, je me suis résolu à faire cela, et le diable était très furieux contre moi, hier, à cause de cela. Maintenant je suis convaincu que c’est mon devoir et mon privilège, et le devoir de chaque chrétien quel qu’il soit, de prier pour une aussi grande effusion du Saint-Esprit que celle qui est survenue le jour de la Pentecôte, et même une plus grande. Je ne sais pas pourquoi nous ne demanderions pas que la plus grande et la plus entière influence de l’Esprit descende, et demandant dans la foi, nous ne verrions pas le plein exaucement… Je crois que je n’ai jamais demandé aussi librement le Saint-Esprit pour toute l’humanité. Mon corps est dans la douleur, mais je suis heureux en mon Dieu… Je viens juste de commencer à comprendre ce que Jésus voulait dire quand Il a dit : " Toutes choses que vous demanderez dans la prière, en croyant, vous les recevrez. "

" J’ai eu envie un petit peu de prier pour que je sois débordant du Saint-Esprit, que je meure dans l’opération, et que j’aille alors au Ciel ; mais Dieu sait. "

A notre connaissance, il s’agit là des dernières paroles conservées de Daniel Nash. Remarquez son humilité. Entendez son fardeau. Considérez si le Réveil de Fulton Street des années 1850 a été un réveil de prière spontané comme on l’a souvent pensé. Les jeunes de l’époque de Nash ont été les initiateurs, sans doute, du plus grand réveil de prière de l’histoire.

Nous arrivons maintenant à la scène de sa mort. Dans le petit village de Vernon lors du glacial hiver d’un mois de décembre dans un état au Nord de New York, où la température descend souvent en-dessous du zéro, Daniel Nash continue son ministère de prière. Charles Finney nous relate les activités domestiques de son coéquipier :

" Un grand homme me dit : " Oh, je meurs du manque de force pour prier ! Mon corps est écrasé, le monde est sur moi, et comment est-ce que je peux me retenir de prier ? " J’ai connu cet homme qui allait se coucher absolument malade, pétri de faiblesse et d’évanouissement, sous la pression. Et je l’ai connu quand il priait comme s’il voulait faire violence au Ciel, et alors j’ai vu la bénédiction venir dans la prière aussi clairement que si cela m’était révélé, de sorte que personne ne pouvait pas plus en douter que si Dieu avait parlé des cieux. Vous dirai-je comment il est mort ? Il priait de plus en plus; il prenait la carte du monde devant lui, et priait, et survolait les différents pays et priait pour eux, jusqu’à ce qu’il expire dans sa chambre, en priant. Homme béni ! Il fut la réprimande des impies, et des enseignants charnels et non-croyants; mais il fut le préféré du Ciel, et un prince triomphant de la prière. "

Ainsi, il entra dans la gloire sur ses genoux le 20 décembre 1831, à l’âge de 56 ans. Son corps est enterré près de l’endroit où il fut pasteur dans le cimetière de cette ancienne église, avec une petite pierre désignant l’endroit.

Peut-être que Dieu est sur le point de lever d’autres personnes dans un ministère similaire dans ces jours de grands besoins. Cher lecteur, allez-vous en considérer le coût, le besoin et l’opportunité ? Allez-vous vous consacrer à un ministère de prière selon que Dieu vous conduit et vous rend capable ?

Référence: Message original en anglais protégé par copyright du Pastor J. Paul Reno, 1989, utilisé et distribué par by Way of Life Literature's Fundamental Baptist Information Service sous autorisation, et traduit de l’anglais par Ensemble Rebâtissons la Maison.


The Fundamental Baptist Information Service est une liste de diffusion distribuée par Way of Life Literature. Son but est de fournir des informations pour aider les prédicateurs à protéger les églises dans cette heure d’apostasie. Bien qu'ERM ne souscrive pas aux positions et vues dénominationnelles affichées par cette organisation, nous prenons la liberté de diffuser certains de ses articles qui nous paraissent propres à édifier le peuple de Dieu dans la sainteté.

 

 

Portrait. Ernest DHOMBRES (1824-1894)


ernest_dhombres.pngA travers les recueils de sermons des pasteurs protestants français du 19° siècle, qui aujourd'hui dorment au fond de quelques rares bibliothèques, un lecteur contemporain ne manquera pas de remarquer particulièrement ceux de Ernest Dhombres : il s'en dégage encore l'onction et la chaleur qui le rendirent si apprécié de sa génération.

 

Ernest Dhombres est né au Vigan (dans le Gard) le 16 mars 1824, d'un père pasteur. Ses dons intellectuels et poétiques se manifestèrent assez tôt ; après une brillante scolarité il partit achever des études de théologie à Genève, puis à Strasbourg.
Appelé au ministère il exerça à Alais (1847-1857), puis à Montpellier (1857-1860), et enfin à Paris où il resta jusqu'à sa mort. Son talent oratoire, ses qualités personnelles, sa piété, lui acquirent rapidement dans la capitale reconnaissance et amitié.
Mais c'est surtout pendant le siège de Paris, que l'occasion lui fut donné d'exercer une remarquable et bénéfique influence sur ses concitoyens. Par une série de sermons, dans lesquels les passages choisis de l'Ecriture semblaient merveilleusement adaptés à la situation présente, il sut apporter aux malheureux assiégés consolation efficace et espérance vivante. Celui qui les lit aujourd'hui en retire le sentiment d'avoir lui aussi vécu, de manière particulière, cette page émouvante de l'histoire de France.

 

Frappé de cécité dans sa vieillesse, Ernest Dhombres continua néanmoins de prêcher, jusqu'à sa mort, le 10 décembre 1894. Nous donnons ci-dessous quelques témoignages de pasteurs qui l'ont connu.

 


 

Frédéric Godet : Le premier recueil de M. Dhombres (Sermons et Homélies) est bien connu chez nous. Le second nous paraît, non seulement l'égaler, mais le surpasser. M. Dhombres ne vise pas à la grande prédication dogmatique, il ne cherche pas non plus la haute démonstration apologétique. Ce qu'il cherche, -- et il excelle dans cet art, -- c'est l'application simple et pratique de l'esprit de l'Evangile aux divers aspects de la vie journalière, religieuse et morale, sociale et ecclésiastique. Sa force ne réside pas dans la souveraine logique avec laquelle Adolphe Monod pose sur vous sa puissante main, ou dans ces mouvements impétueux par lesquels Bossuet emporte son auditoire comme l'ouragan une faible feuille ; sa force, c'est le charme ; un développement d'idées aisé, coulant, détendu vous enlace et vous entraîne. Le style de M. Dhombres est, comme sa pensée, facile, gracieux, clair, suave, abondant sans cesser d'être simple, riche sans luxe, élégant sans apprêt.

 

M.A. Goût : La parole de M. Dhombres avait le charme, cette abondance d'images, ces vives couleurs que nul orateur contemporain n'a dépassées ; son discours, cette vivacité d'allure qui le rendait parfois si entraînant. A Paris, il eut bientôt conquis une place éminente. Les foules assiégeaient le temple du Saint-Esprit, et, si l'on pouvait suivre dans les âmes la trace des paroles de l'orateur sacré, que de blessures il a contribué à guérir, que de sérieuses résolutions il a fait naître ! Avec quelle puissance il a glorifié cet Evangile qui était sa joie et sa vie !

 

M. G. Meyer : Dès longtemps, M. Ernest Dhombres s'était placé au premier rang des prédicateurs parisiens, grâce à un rare ensemble de qualités et de dons remarquables mis au service de fortes convictions. Sa parole chaude, claire, élégante et toujours distinguée, sous l'éclat de laquelle on sentait les tendresses d'un cœur aux sympathies profondes, le sérieux d'une conscience en communion avec le Sauveur, attirait des auditoires toujours plus nombreux. Il nous souvient qu'il y a quelques années, alors que M. Dhombres était dans toute l'activité de son ministère et la maturité de son talent, nous l'entendîmes au culte de quatre heures de l'Etoile, commenter le célèbre passage de saint Jacques sur les bienfaits et les méfaits de la langue ; derrière nous, un auditeur qui était certainement un homme cultivé, ne pouvant contenir son admiration, s'écria à demi-voix : « Que c'est beau ! » Cet inconnu avait raison, car l'orateur tenait littéralement son auditoire suspendu à ses lèvres. Cette puissance de sympathie qui donnait à la prédication de M. Dhombres une saveur particulière, et comme son cachet propre, était sa force comme pasteur. Jamais orateur brillant et écouté ne fut d'un abord plus cordial et plus simple.

 

M. J. Bastide : Ceux qui n'ont pas connu M. Dhombres ne sauront jamais ce qu'il y avait dans sa personne comme dans sa parole, de grâce, dans les deux sens du mot, et de charme. Si on ajoute à l'attrait qu'il exerçait par son aménité, un cœur toujours ouvert et vibrant, une vive imagination, un esprit actif et prompt, et une foi qui est demeurée, jusqu'à la fin, assise sur le roc des Ecritures, on aura le secret de l'autorité morale et spirituelle qu'il a exercée pendant son long ministère. Il a mis au service de l'Eglise chrétienne les dons si riches qu'il avait reçus de Dieu. Il s'est dépensé en visites et en prédications, consacrant à l'étude les trop rares moments que lui laissait sa lourde tâche. Il était l'ami de M. de Pressensé et de M. Bersier, après l'avoir été de Rognon et de Grand pierre. Il était aussi leur égal par le talent, par la foi, par l'influence.

 

Sermons et Homélies
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Sermons inédits PDF (485 ko) HTML e.Pub
Le siège de Paris PDF (340 ko) HTML e.Pub

 

Sermon sur la charité

par le pasteur Ernest Dhombres

Portrait. Evan ROBERTS (1878-1951)

evanrobertsface.jpgLes graines du réveil sont toujours nourries dans les cœurs humbles. Et il en fut ainsi avec le grand réveil du Pays de Galles en 1904. Ce fut dans le cœur d'un jeune mineur nommé Evan Roberts que Dieu planta la vision brûlante d'un réveil spirituel.

Evan Roberts ne possédait pas les talents d'un grand intellectuel, ni l'art de l'éloquence, mais simplement une passion brûlante pour Jésus. Alors que les autres jeunes hommes naviguaient sur des bateaux dans la baie, le jeune Roberts assistait fidèlement aux réunions de prière.

 

Bien qu'âgé seulement de 26 ans, Evan Roberts n'avait pas de temps pour les amusements et les plaisirs si courants à la jeunesse. " Jour et nuit, sans arrêt, il priait, pleurait et soupirait pour un grand réveil spirituel... " Robert écrit : " Pendant 10 ou 11 ans, j'ai prié pour un réveil. Je pouvais me tenir éveillé toute une nuit pour lire ou parler des réveils. " En définitive, Evan Roberts fut expulsé de son logement par la propriétaire de son appartement qui pensait que, dans ses moments d'enthousiasme, il était possédé ou quelque peu fou. "Il passait des heures à prier et à prêcher dans sa chambre jusqu'au point où la dame fut effrayée de lui, et le pria de partir."

Le rôle d'Evan Roberts dans le réveil au Pays de Galles était tout à fait atypique. Souvent, il conduisait simplement les gens dans la prière ou dans la lecture des Écritures. A d'autres moments, il s'asseyait silencieux tandis que les gens, l'un après l'autre confessaient leurs péchés ou rendaient témoignage de la puissance et de la victoire de Christ. Il y avait également des temps d'adoration qui duraient littéralement des heures. Roberts donnait simplement des instructions de temps en temps et laissait l'Esprit Saint faire le reste. Il fut un exemple constant démontrant non la façon de prêcher, mais plutôt la façon d'être conduit par l'Esprit. 

Le réveil du Pays de Galles fut une invasion puissante de l'Esprit. Le Royaume de Dieu se manifesta radicalement sur la terre. " Les hommes ne dilapidaient plus leurs revenus dans la boisson ou dans les vices, mais amenaient une grande joie dans leurs familles par le gain de leur travail. Des dettes très élevées furent payées par des milliers de jeunes convertis. La restitution était à l'ordre du jour. Les commerces de l'alcool et du jeu perdirent leur clientèle et les théâtres fermèrent par manque d'assistance. Le football fut oublié en ce temps par les joueurs ainsi que par les fans, bien que rien n'eût été dit sur les chaires à ce sujet. Les gens changèrent de vie et eurent de nouveaux centres d'intérêt. Les réunions politiques furent annulées ou délaissées. Elles parurent complètement en dehors du temps puisque personne ne s'y intéressait. Les dirigeants politiques du Parlement à Londres se rendirent par eux-mêmes aux réunions de réveil. Les barrières dénominationnelles établies par l'homme s'effondrèrent complètement alors que les croyants et les pasteurs adoraient leur majestueux Seigneur ensemble. " L'une des caractéristiques remarquables du réveil était la confession des péchés, non seulement parmi ceux qui n'étaient pas sauvés, mais aussi parmi les sauvés. Tous furent brisés, mis à genou et fondus devant la croix de Christ.

Pendant tout le réveil, Evan Roberts insistait constamment sur la nécessité de régler honnêtement le problème du péché, celle d'une complète obéissance au Saint-Esprit et celle de la prééminence du Seigneur Jésus Christ. Evan Roberts fut un instrument de guérison d'un pays tout entier, tout cela parce qu'il veilla, pria et pleura. Il toucha le cœur brisé de Dieu et le Lui offrit en retour au travers de la prière et de l'intercession. Le résultat fut que " partout où il allait, les cœurs s'enflammaient de l'amour de Dieu. "


Portrait. Jean CADIER (1898-1981)



homme-d-affaires-de-point-d-interrogation-thumb2646618.jpgJean Cadier (1898-1981) a té pasteur dans la Drôme et professeur à la faculté protestante de théologie de Montpellier dont il fut le doyen. Son activité pastorale a été marquée par le Réveil de la Drôme. Il fut un artisan du renouveau théologique du milieu du siècle et de la réunification des Eglises réformées en France en 1938. 
 
 

Il est toujours difficile à un fils de parler de son père, le jugement que l’on pourra
porter sera toujours tributaire de l’affection que nous lui témoignons. Aussi,
après son départ, à la lecture des publications de ses amis et de ses proches, qui
chacun dans sa partie apportait son témoignage, c’est dans l’éloge de pasteur
Jean Cadier par le chanoine Pierre Masset lors de sa réception à l’Académie des
Sciences et des Lettres de Montpellier que je fus frappé par la rigueur et de la
justesse des mots, l’analyse claire et dépouillée des différentes étapes de sa vie.
J’ai pensé que pour honorer la mémoire de mon père le regard d’une personne
étrangère à sa famille et ses proches reflétera plus exactement la richesse de sa
vie, de son travail. Le chanoine rencontra mon père pour la première fois en
1962…
 

 

1326000141_2_1.jpgIl y a environ 75 ans, un mouvement de réveil spirituel naquit dans un petit village du sud de la Drôme : au cours du culte paroissial, une paysanne avait pris la Parole de Dieu à son compte...Tandis que le feu de cette parole gagnait de village en village, une équipe missionnaire s'est trouvée comme réquisitionnée pour porter la nouvelle au loin. Témoins d'abord surpris, puis convaincus, ces pasteurs prirent le nom insolite de Brigade de la Drôme. En quelques années, ils parcoururent les temples de l'Europe francophone.Le pasteur Jean Cadier, devenu plus tard doyen de la faculté de théologie de Montpellier, peu avant de nous quitter, a rédigé ses souvenirs. Les pages de cet ouvrage, très simples, racontent le sobre récit des lumières et des ombres (il y en eut) de ces années intenses.Ceux qui ont vécu cette période, les jeunes qui s'interrogent sur l'avenir des paroisses, pour eux endormies, les historiens, trouveront dans ce livre les archives d'un mouvement original. Par rapport aux réveils piétistes ou pentecôtistes, au renouveau charismatique, la Brigade se caractérise par la mobilité de ses prédicateurs et la stabilité de ses racines : les paroisses rurales de la Drôme et la théologie calvinienne." Jean Cadier (1898-1981) a té pasteur dans la Drôme et professeur à la faculté protestante de théologie de Montpellier dont il fut le doyen. Son activité pastorale a été marquée par le Réveil de la Drôme. Il fut un artisan du renouveau théologique du milieu du siècle et de la réunification des Eglises réformées en France en 1938.

Prédicateur. Gary CHAPMAN

1087778954.jpgL'HOMME AUX TROIS CASQUETTES...

 

Conseiller conjugal et familial
Gary Chapman est bien connu de par le monde grace à ses livres sur le thème des langages de l’amour. Mais il reste avant tout “un homme de terrain” avec une expérience de conseiller conjugal et familial de plus de 30 ans.

Il est marié depuis 45 ans à Karolyn et a deux enfants et deux petits-enfants.

 

Auteur
Depuis le succès de son livre “Les langages de l’amour”, il s’est intéressé à toutes les formes relationnelles et cherché comment, et si, le concept des langages de l’amour pouvait leur être adaptées.
Ainsi a-t-il écrit des livres concernant les relations, aux ados, aux enfants, aux enfants adultes, à Dieu… Des livres qui ont rencontré un large succès auprès du public francophone.
Il s'est parfois entouré de pairs, psychologues, pédiatres, pour écrire des livres spécifiques (ex : pour les enfants ou les adolescents)
Egalement anthropologue, il a cette faculté unique de “saisir” l’homme dans toute sa dimension et son environnement...

 

Conférencier
Doué et très apprécié, il anime de nombreux séminaires pour les couples de par le monde. Il est venu en 2005 à Paris pour une conférence inoubliable dont nous vous laissons quelques extraits sur le site dans la rubrique "Ecouter"

Il a également un programme journalier relayé aux Etats-Unis dans plus de 100 radios.


 

Gary Chapman est né en 1957. Il est directeur d’un cabinet de consultants en relation d’aide. Il a fait ses études au Moore Bible Institute, Wheaton College, il est docteur en philosophie du Southwestern Baptist Theological Seminary. Il est l’auteur de nombreux livres de relation d’aide, dont le plus connu est « Les langages de l’amour » publié en 1992. Avec plus de 5 millions d’exemplaires vendus en anglais et ayant été traduit en 38 langues, c’est un bestseller incontesté depuis de très nombreuses années.

Les langages de l’amour


Site officiel

 Ouvvrages de Gary Chapman

 

langages-amour.jpg

Les langages de l’amour

 

 

Comment aimer l’autre ? C’est une question que l’on se pose rarement alors qu’elle est d’importance.


Si pour l’apprenti savant le chemin est bien balisé, l’apprenti amoureux est livré à lui-même pour ce qui conditionnera pourtant une large partie de son existence et c’est en puisant dans le schéma familial et dans la culture ambiante qu’il se trouvera ses premiers repères.

Le cocon familial aura l’inconvénient de ne lui fournir qu’un unique modèle lui-même en contradiction avec l’idée largement répandue par les médias que l’amour est naturel et passionné.

Avec un seul modèle et la conviction que l’amour est naturel, notre apprenti amoureux a toutes les chances de croire que c’est en lui et avec ce qu’il sait déjà qu’il saura comment aimer l’autre. Une des conséquences de ce malentendu est que notre apprenti ne sera probablement pas gêné d’aimer deux personnes différentes de la même manière.

La première urgence serait de dissiper ce malentendu par un message inverse. De faire en sorte que chaque enfant arrivant à l’âge adulte soit convaincu que l’amour n’a rien de naturel, que deux personnes différentes s’aiment de deux manières différentes et qu’il s’agit pour chacun de découvrir le langage amoureux de l’autre.

Si cette approche vous intéresse, elle a été débroussaillée avec beaucoup de clarté par Gary Chapman dans son livre "Les langages de l’amour". Cet ouvrage nous invite à considérer l’amour comme une langue étrangère fonction de l’individu auquel nous souhaitons communiquer notre amour. Il donne également les principales règles de grammaire de cette langue "universelle".

Bref, tout ce qu’il faut pour reconnaître la langue de sa/son partenaire. Il n’est jamais trop tard pour devenir un apprenti de l’amour

...

 

 

 

Prédicateur. Samuel BENETREAU


homme-d-affaires-de-point-d-interrogation-thumb2646618.jpgSamuel Bénétreau (1936 – ) est docteur en théologie. Il a été pasteur de l’union des Églises Évangéliques Libres. Il est l’auteur de nombreux livres publiés aux éditions Excelsis et Edifac. Ces ouvrages – souvent assez techniques – sont principalement destinés aux pasteurs, étudiants en théologie et aux chrétiens engagés.


Il est descendu au enfer

 

JÉSUS OU PAUL? 
Qui et le fondateur du christianisme ?


Samuel BÉNÉTREAU*
Des fidèles, dans nos communautés, trouveront ce titre incongru, à la limite du blasphème! La question se pose-t-elle vraiment? N'est-il pas évident que Jésus est le fondateur du mouvement qui porte son nom? Les chrétiens ne sont-ils pas tous disciples du Christ, du Christ-Jésus? Et Paul ne serait-il pas horrifié qu'on puisse le considérer comme inventeur et fondateur d'une nouvelle religion, alors qu'il multiplie les protestations d'allégeance? On se rappelle les expressions les plus déterminées: il se présente, dans l'introduction de ses lettres, comme "serviteur-esclave de Jésus-Christ". Dans sa prédication, "il ne veut savoir que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié"[1]. Il ose écrire: "Christ est ma vie"[2]. Et pourtant, la question a été posée, et il s'est trouvé des esprits distingués pour affirmer que Paul, beaucoup plus que Jésus, est l'inventeur du christianisme tel que nous le connaissons. Cette thèse peut d'ailleurs susciter des réactions contradictoires. S'il y a, au départ, une erreur de cette taille sur les personnes, le christianisme n'est-il pas disqualifié? A l'opposé, certains pousseront un soupir de soulagement: on peut mettre de côté le message sombre et dogmatique de l'apôtre pour revenir à celui du prophète galiléen si simple et généreux. Une réflexion sérieuse nous est donc imposée.
Nous l'aborderons en trois temps: 1°) Pourquoi et comment Paul, et non Jésus, a-t-il pu être tenu pour le fondateur du christianisme? 2°) Quelles sont les données, à la lumière des textes? 3°) En conclusion, quelques remarques sur le thème "continuité et nouveauté" seront proposées.

I. La thèse : Paul est le fondateur du christianisme

A ce propos, il est tout particulièrement intéressant de considérer les auteurs juifs modernes. On connaît l'attitude ancienne à l'égard de Jésus. On sait que les textes tels que le Talmud sont essentiellement polémiques: Jésus est un faussaire, un séducteur, un faux prophète, encore plus que l'initiateur d'un mouvement religieux. Or, on assiste au XXe siècle à un revirement considérable des penseurs juifs. La tendance est à la récupération. On essaie de montrer que Jésus, le Jésus de l'histoire, bien compris et débarrassé de divers traits par lesquels son image aurait été brouillée par l'Eglise, est resté un juif fidèle et a seulement voulu susciter un renouveau de la piété d'Israël. On le rangerait presque dans la lignée des grands prophètes, un Amos, un Esaïe... Pour David Flusser, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, Jésus n'a pas voulu fonder une religion nouvelle, pas même une communauté nouvelle, mais provoquer un réveil[3]. Schalom Ben-Chorin peut consacrer un livre au Frère Jésus[4]. Dans ce cas, pourquoi le mouvement chrétien s'est-il si rapidement détaché du judaïsme et n'est-il pas resté un parti, une secte messianique parmi d'autres? Le coupable est tout désigné: l'apôtre Paul.

Pendant des siècles, les juifs, le plus souvent marginalisés et opprimés, n'ont guère eu l'occasion de s'exprimer sur Paul, et même sur Jésus. A l'évidence, l'apôtre n'était pour eux qu'un hérétique, un étranger au véritable judaïsme comme le prouvait le fait qu'il détournait des juifs de leur héritage et s'ouvrait totalement au monde païen. C'est seulement à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que des travaux d'historiens juifs s'attachent à la personnalité de Saul de Tarse et distinguent nettement son rôle de celui de Jésus. Dans son étude sur "Paul dans la pensée juive moderne"[5], Donald Hagner estime que la première contribution importante est celle de l'historien Heinrich Graetz qui n'hésite pas à regarder Paul comme le fondateur de la nouvelle religion qu'est le christianisme[6]. Au XXe siècle, les études sur le cas de Paul par des savants juifs n'ont pas manqué: Hagner survole les thèses de Claude Goldsmid Montefiore, Kaufmann Kohler, Joseph Klausner, Martin Buber, Samuel Sandmel, Hans Joachim Schoeps, Schalom Ben-Chorin. Chez tous ces auteurs demeure l'idée que pour comprendre Paul il faut se référer à son arrière plan hellénistique. Deux sources de sa théologie sont privilégiées: 1°) ce qu'on désigne volontiers du terme ambigu de "gnosticisme"; 2°) le vaste et complexe domaine des religions à mystères. Ces deux milieux fourniraient, avec de restes de judaïsme, les éléments principaux de cette religion syncrétiste qu'aurait conçue l'apôtre: le gnosticisme lui aurait légué le cadre de sa pensée, le mythe d'un rédempteur cosmique, et les religions mystères, avec leur mysticisme d'union à la divinité et leurs rites d'initiations, la base de sa christologie, de sa sotériologie et de son sacramentalisme. Kaufmann Kohler, dans la Jewish Encyclopedia[7],déclare:

"Paul était totalement un helléniste, par sa pensée et par ses sentiments., "

et encore: "La conception de la foi nouvelle prêchée par Paul, à moitié païenne et à moitié juive... était totalement étrangère à la vie et à la pensée juives."

Les auteurs moins radicaux insistent davantage sur son enracinement dans le judaïsme, mais le judaïsme hellénistique, celui de la diaspora. Paul n'invente pas véritablement, mais il incorpore dans son message les idées de ce judaïsme profondément marqué par son contact avec le milieu païen[8]. Hagner note cependant chez les auteurs récents une tendance moins critique à l'égard de Paul. On va jusqu'à reconnaître l'authenticité de son judaïsme, même si certains éléments lui restent extérieurs. On juge qu'il est erroné de le rattacher strictement au judaïsme hellénistique de la diaspora: il appartient aussi, concède-t-on, au judaïsme palestinien. Cette évolution considérable s'explique par la conviction nouvelle chez les spécialistes qu'il est artificiel de séparer le judaïsme de la diaspora de celui de Palestine, car ce dernier subissait aussi l'influence du monde hellénistique. Paul n'est donc plus l'étranger au judaïsme qu'on se plaisait à dénoncer auparavant. Cet homme de dialogue qu'est André Chouraqui n'hésite pas à écrire: 
De fait, Paul resta inébranlablement fidèle jusqu'à la mort au Dieu et au peuple d'Israël" et encore "La vision éblouie de l'apôtre des Gentils est claire: il s'agit, pour que s'incarne le salut annoncé par Iéshoua, de convertir les nations au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob[9].

Demeure néanmoins la nécessité pour des savants juifs de trouver une autre origine pour des traits qui ne peuvent s'accorder avec les convictions du judaïsme palestinien, par exemple son attitude à l'égard de la loi. On en revient alors aux anciennes explications, l'influence de concepts appartenant au milieu païen ou encore le bouleversement introduit par l'expérience dramatique du chemin de Damas. L'animosité à l'égard du rôle de l'apôtre reste même vive chez certains. Hyam Maccoby publie à Londres en 1986 un livre au titre sans ambiguïté: Le faiseur de mythes: Paul et l'invention du christianisme [10]. Paul serait le créateur des mythes de la divinité du Christ et de sa mort sacrificielle.

Dans sa conclusion, Hagner prend acte du réel effort consenti par les penseurs juifs récents pour comprendre Paul et le maintenir à l'intérieur du monde juif et même au sein du judaïsme palestinien. Paul serait, fondamentalement, resté loyal à l'égard de la religion de ses pères[11], mais il aurait été dominé par le fardeau de la situation religieuse du monde païen. Dans son désir de faire du judaïsme une religion universelle, il aurait inventé, en quelque sorte, un judaïsme pour les païens. Mais ce jugement positif repose en partie sur une distinction entre Paul, l'homme, et le paulinisme, système théologique qui aurait radicalisé et déformé le Paul réel. La théologie de Paul telle qu'elle s'exprime dans l'ensemble du corpus paulinien demeure inacceptable. Seuls, des juifs devenus chrétiens peuvent situer Paul et son message relatif au Christ dans la droite ligne de l'accomplissement des promesses faites à Israël.

Pour la clarté de l'exposé, nous avons isolé la contribution juive à la réflexion sur le rôle de Paul. Dans la réalité, les interférences avec la recherche historique et théologique des spécialistes chrétiens ont été constantes. Avant le XIXe siècle, l'orthodoxie chrétienne postulait une continuité essentielle entre Jésus et Paul. Avec l'avènement de l'esprit critique et de l'ère du soupçon, de nouvelles possibilités s'ouvrent. On croit pouvoir découvrir derrière les textes le véritable Jésus et le véritable Paul. Ferdinand Christian Baur et l'école dite de Tübingen distinguent plusieurs théologies dans le Nouveau Testament et considèrent Paul comme un théologien original. Commence aussi la quête du Jésus historique. C'est l'école critique de l'histoire des religions qui fournit aux auteurs juifs des arguments en faveur d'un arrière plan hellénistique pour le paulinisme, et le Jésus dit historique est réinséré dans le milieu juif. La voie sera ainsi ouverte pour le développement que nous avons constaté dans les travaux juifs modernes: Jésus, dégagé de ce que les premières générations chrétiennes auraient inroduit, peut être dans une large mesure récupéré pour le judaïsme, mais Paul, créateur d'un véritable syncrétisme, reste une pierre d'achoppement même pour ceux qui admettent sa judéité et sa loyauté.

De nombreuses études ont été consacrées à la relation entre Jésus et Paul. Dans son survol de l'histoire du débat suscité par ce sujet, depuis Baur jusqu'à Bultmann, Victor Paul Furnish voit se dégager plusieurs positions[12]:

  • Un verdict global d'identité. Il s'est trouvé et se trouve des théologiens pour défendre la thèse qui est celle du peuple de l'Eglise (Matheson, Schmoller, Turlington): c'est le même message. Paul confirme l'enseignement de Jésus tel que les évangiles le transmettent. La différence est de présentation: l'apôtre donne une version plus technique (Mair, Hoyle), plus intellectuelle et systématique.
  • Certains (Wellhausen, Harnack, Deissmann) préfèrent le terme d'interprétation. Paul ne reprend pas exactement les paroles et les thèmes du Maître. Il les interprète, c'est-à-dire qu'il les explique et les prolonge pour le bénéfice de ses lecteurs. Les deux messages ne sont pas superposables, mais Paul démontre une compréhension en profondeur de la pensée de son Seigneur.
  • Les penseurs les plus radicaux ne reculent pas, comme leurs vis-à-vis juifs, devant le terme d'innovation. C'était déjà la conviction de F.C. Baur et elle atteint son expression la plus dure chez Friedrich Nietzsche qui a une opinion très négative du personnage. Paul est à la fois un innovateur dans l'absolu, en créant son propre système, et il l'est aussi par rapport à Jésus.
  • Nombreux sont ceux qui préfèrent parler de développement. La différence existe donc, mais un rapport est maintenu. Il y a deux façons de concevoir un développement. On distingue une approche essentiellement négative et une approche positive:
    * On peut opter pour un développement illégitime, voire une trahison. Une tendance du libéralisme théologique a consisté à en appeler à l'Evangile de Jésus, Evangile de l'amour et de la paternité divine, contre les formules dogmatiques de l'apôtre.
    * Mais d'autres maintiennent fermement la thèse d'un développement légitime, fructueux. Il ne faut pas s'étonner, disent-ils, de la présence d'éléments neufs, d'une sensibilité différente. Les circonstances appelaient à la fois un élargissement et d'importantes précisions.
  • Furnish (p. 48) croit devoir mettre à part la position de Bultmann qui creuse la différence, mais en fonction de ses conceptions propres. Pour lui, Paul ne reprend pas le message de Jésus mais celui qu'il reçoit de l'Eglise hellénistique, et surtout il développe une théologie existentialiste où la vie et l'enseignement de Jésus ne comptent pas, puisqu' importe seulement la rencontre de l'homme avec la parole divine actuelle proclamant le crucifié-ressuscité.

Cette classification est utile, bien que les distinctions soient parfois quelque peu artificielles, par trop tranchées. En dehors d'un philosophe comme Nietzsche, les théologiens hésitent à couper totalement le lien entre Jésus et Paul. Ainsi Furnish range Maurice Goguel parmi les tenants du "développement illégitime". Il faut nuancer. Goguel a précisément consacré sa thèse de licence à L'apôtre Paul et Jésus-Christ[13] et on peut résumer sa position en quelques formules. Paul n'est ni un falsificateur, ni un créateur du christianisme, mais un créateur de la théologie, en particulier de la sotériologie et de la christologie. La nouveauté est née de "la nature des choses" (p. 368), essentiellement de la foi nouvelle en la résurrection, et de l'esprit systématicien de Paul. On peut parler d'évolution, de développement, où le facteur personnel a été déterminant. Faut-il regretter que ce premier théologien ait transformé la simple prédication du royaume en théorie du salut? Goguel estime que la théologie de Paul a joué un rôle positif en enfermant l'essence de l'Evangile dans des formules qui l'ont empêché de se perdre. Il faut savoir traverser ces formules pour arriver jusqu'à la réalité vivante, car, ajoute-t-il, en s'appuyant sur Schleirmacher (p. 376):

les doctrines théologiques n'ont en elles-mêmes aucune valeur, mais elles expriment des expériences religieuses qui sans elles risqueraient de passer sans laisser de traces durables.

Sous cet angle et avec ces réserves, une pensée libérale peut accepter qu'il n'y ait pas eu véritablement altération de la pensée de Jésus et que Paul ait été un homme "providentiel"[14].

On pourrait faire des remarques comparables à propos de Bultmann. Tout en maintenant que Paul ne dépend pas de Jésus, Bultmann estime ne pas se contredire en signalant deux accords entre Jésus et Paul, qui sont loin d'être mineurs, un accord au sujet de la Loi, qui se résume dans l'amour, et un accord sur la situation de l'homme devant Dieu, un pécheur sous le jugement et le grâce[15].

On le voit, même les théologiens les plus libérés par rapport aux certitudes traditionnelles de l'orthodoxie ne peuvent séparer totalement le Maître et le disciple.

II. Les données : le verdict des textes

Manifestement, la comparaison entre les évangiles, qui nous présentent Jésus, et les lettres de Paul est une tâche immense et délicate que nous ne pouvons qu'effleurer ici. La difficulté ne vient pas uniquement de la masse des documents, mais aussi des problèmes spécifiques qu'ils soulèvent. On le sait, les évangiles ont été soumis à une critique historique et théologique impitoyable et la distance est grande entre ceux qui leur accordent leur confiance comme sources d'information assurée sur le Nazaréen et ceux qui y voient les images diverses du Jésus telles que se les représentaient les générations chrétiennes postérieures. Pour Paul, à condition de ne pas trop solliciter le livre des Actes, dit-on, la situation est nettement plus favorable puisque la plupart reconnaissent l'authenticité d'au moins sept de ses épîtres. Selon le degré de confiance qu'on accorde aux évangiles comme sources d'information sur Jésus, les conclusions divergeront[16]. Certains mettent en question le principe même de la comparaison directe, procédé par trop brutal à leur goût. Jean-François Collange et Alexander J.M. Wedderburn insistent sur le fait qu'entre Jésus et Paul il n'y a pas un vide, mais la tradition ou les traditions sur Jésus, donc un processus, avec des étapes; l'apôtre, pensent-ils, ne peut se comprendre que si l'on prend en compte cet "entre deux" auquel, en dépit de son originalité, l'apôtre est certainement redevable[17]. Ceci dit, qui nous oblige à la prudence, une réponse sérieuse à la question posée ne peut se baser que sur une comparaison des textes.

A) Les différences

Elles sautent aux yeux! Quelle distance entre la parole si simple dans sa profondeur du prophète galiléen et les exposés surchargés de l'apôtre? Le ton n'est pas le même, les illustrations, plus nombreuses d'ailleurs dans les discours de Jésus, se rejoignent très rarement. Les genres littéraires sont si éloignés que la comparaison est malaisée. Nous ne connaissons la parole de Jésus que par ses brèves interventions et quelques discours plus longs. Paul rédige de vraies lettres, adressées à des communautés chrétiennes. Inutile d'allonger la liste de ces différences, d'autant qu'elle ne touchent qu'à la forme des messages. Et on peut sans effort leur trouver des explications. On ne peut s'attendre à ce que le fils du charpentier, même s'il a sondé les Ecritures et réfléchi à sa mission, s'exprime comme un pharisien élevé dans une métropole de la diaspora. Jésus a instruit la petite troupe de ses disciples, humbles travailleurs galiléens, et les foules palestiniennes. Paul enseigne des communautés de grandes villes où s'est imposée la culture hellénistique. A chacun le type de discours qui convient à son rôle comme à son milieu.

Plus encore, et là nous touchons au fond et pas seulement à la forme, les situations religieuses différent. Les temps ont changé! Entre le Jésus qui proclame l'Evangile du Royaume et Paul, des événements décisifs sont intervenus qui font que les perspectives sont nécessairement nouvelles. Tout d'abord, la mort tragique du Maître sur la croix, mort que, selon les évangiles, Jésus ne pouvait qu'annoncer brièvement, se heurtant d'ailleurs à l'incompréhension des disciples. Paul, lui, reçoit, la nouvelle de cette mort, déjà en tant que pharisien persécuteur, comme un fait accompli et lourd de conséquences. Puis la résurrection du Seigneur s'impose à lui, d'abord par l'apparition sur le chemin de Damas, puis par la parole de nombreux témoins oculaires[18]. Vivre après le Vendredi Saint et Pâques, cela fait une différence! Prêcher après Pentecôte, c'est aussi une nouveauté: on ne s'étonne pas de la place que la pneumatologie occupe dans son enseignement, alors que l'Esprit n'avait pas encore été répandu pendant le ministère de Jésus. Paul intervient aussi après la naissance de l'Eglise comme communauté distincte, organisée. Il devra se situer par rapport à l'Eglise judéo-chrétienne en tant qu'apôtre des païens. Des discussions prendront place, des incompréhensions se manifesteront. Ses lettres reflètent ces problèmes et ont souvent un accent polémique. On ne peut donc être surpris de voir se développer des thèmes nouveaux et des présentations nouvelles de thèmes anciens.

Reconnaissons-le, on doit néanmoins constater un fait troublant: la quasi-absence, chez Paul, de renvois explicites à l'enseignement de Jésus et de rappels d'épisodes de son ministère. Certes, on peut faire état d'au moins deux recours indiscutables à des paroles de Jésus (la non sépartion des couples,1 Corinthiens 7:10-11, le salaire pour les ouvriers, 9:14)[19] et on peut repérer, bien que cela fasse l'objet de discussions, d'assez nombreux échos ou allusions. On doit néanmoins admettre que Paul ne s'est pas donné pour mission de relayer auprès de ses lecteurs les discours de son Seigneur. Il n'a pas davantage cru bon d'évoquer ses oeuvres, ses miracles; il rappelle seulement l'institution de la cène. Pourquoi un tel silence? Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet. Voici les principales explications (pas toutes convaincantes!) de cette absence surprenante[20]:

  • Les évangiles tels que nous les avons n'existaient pas encore au moment où Paul écrit: ses connaissances devaient être limitées.
  • Paul ne veut pas exalter la personnalité de Jésus, faire de l'histoire, mais seulement annoncer le salut par le crucifié ressuscité.
  • Les paroles de Jésus se seraient trouvées, à l'époque, dans des "mains ennemies", utilisées par des hérétiques. C'est pour des raisons tactiques que Paul préfère s'abstenir.
  • Paul, dans un contexte polémique où son autorité personnelle était en jeu, veut démontrer son autorité apostolique, sans faire appel à aucune autre instance.
  • Harald Riesenfeld se singularise en suggérant que l'apôtre aurait eu un tel respect pour les paroles de Jésus, paroles sacrées, utilisées peut-être dans la liturgie, qu'il préférait y avoir recours avec une grande modération.
  • On a encore avancé que Paul, envoyant ses épîtres à des chrétiens, n'avait pas besoin de les instuire sur la vie et l'enseignement de Jésus: ils étaient suffisamment informés à ce sujet.
  • L'application directe des logia à un public chrétien de culture hellénistique était inadéquate: ces paroles seraient restées énigmatiques et déroutantes pour lui.
  • L'explication majeure, à laquelle il faut toujours revenir sous une forme ou sous une autre, est celle que nous avons évoquée, la différence des temps; Paul intervient à un autre moment de l'histoire du salut.

Paul s'inspire-t-il au moins de l'exemple de Jésus? Est-il disciple en ce sens là? Il affirme effectivement imiter le Christ[21]; mais on s'aperçoit qu'il n'essaie pas plus de reproduire ses actions que ses paroles. Il ne copie pas le Maître, mais retient deux grands principes qui ont dominé l'attitude de Jésus: le consentement au sacrifice et le souci des déshérités. Il garde devant les yeux le Jésus qui de riche s'est fait pauvre[22] et a donné un admirable exemple de douceur et de bonté[23]. Paul reste conscient de la distance entre les situations et les statuts et ne tente pas une impossible plagiat. Il accueille et cultive les attitudes de base qui ont donné au ministère terrestre du Seigneur son émouvante grandeur.

B) Les correspondances

L'important n'est pas la similitude des formules et des présentations, ni même la reproduction exacte des thèmes, mais l'accord théologique. Est-ce la même bonne nouvelle que proclament Jésus et Paul, ou l'apôtre a-t-il dû créer un autre message pour un autre temps et un autre public? Les travaux n'ont pas manqué sur ce sujet. L'étude récente la plus complète est celle de David Wenham, Paul, Follower of Jesus or Founder of Christianity[24]. Il y consacre plus de 400 pages. C'est une entreprise considérable où l'auteur signale qu'il fait confiance aux quatre évangiles pour retrouver le message de Jésus, écartant l'idée de l'influence massive d'interprétations postérieures introduites dans les textes. Il s'adonne à une comparaison systématique des deux enseignements. Il passe en revue les thèmes majeurs de l'enseignement de Jésus et tente d'en retrouver l'écho chez Paul, ou au moins d'établir des correspondances. Ainsi, il traite du Royaume de Dieu, de l'identité de Jésus, de la place de la croix, du rapport de Jésus avec la communauté, de l'éthique de l'amour, de l'eschatologie. Pour donner une idée de sa démarche, je retiens deux points de sa démonstration:

i) Concernant la personne de Jésus, Wenham voit les points de contact suivants: Paul fait usage de l'expression araméenne Abba par laquelle Jésus évoquait sa relation particulière avec le Dieu Père; l'autre terme araméen repris, maranatha , "viens, Seigneur!", appartenant à la prière chrétienne la plus ancienne, montre que le motif paulinien de la seigneurie de Jésus peut trouver là un arrière plan; la parole de Jésus sur la révélation des mystères aux simples[25] a un écho dans plusieurs textes de Paul, en particulier 1 Corinthiens 1-4; le motif paulinien du nouvel Adam pourrait avoir un rapport avec le titre de Fils de l'homme que privilégiait Jésus; la rédemption par l'envoi du Fils de Dieu et par son sacrifice prêchée par l'apôtre reprend un aspect de la parabole des vignerons homicides.

ii) La place de la crucifixion. Le rappel par Paul de l'institution de la cène, même s'il l'a connue par la tradition liturgique, prouve un accord théologique fondamental sur le sens de la croix. Il a pu être influencé aussi par les paroles de Jésus sur la nécessité de se charger de sa croix, de perdre sa vie, ou encore sur le baptême dont il doit être baptisé et sur la coupe qu'il doit boire. Les disciples passeront aussi par ce chemin de mort, dit Jésus, ce qui annonce le motif paulinien de l'union au Christ. On peut encore prendre en compte l'influence de la déclaration sur la mort de Jésus comme rançon[26].
Ces échantillons montrent l'effort courageux de l'auteur. Si certains de ses rapprochements paraissent discutables, et surtout difficiles à démontrer (l'auteur ne cache pas le fait que ses propositions font l'objet de discussions), l'impression d'ensemble demeure. Si l'on fait confiance aux textes, si l'on n'a pas d'a priori théologique qui prédispose à valoriser les différences et les oppositions, les correspondances sont nombreuses. Au cours des siècles, l'Eglise chrétienne a vécu de la certitude d'entendre dans le Nouveau Testament, avec son évidente diversité, une forte parole de son Seigneur et non l'offre d'un choix entre plusieurs messages.

Plutôt que cette recherche patiente de divers points de contact entre les deux enseignements plusieurs auteurs privilégient une enquête portant sur le coeur même des deux discours: quel est en est le centre? qu'est-ce qui permet d'affirmer une identité en profondeur? Ce centre, ni pour Jésus ni pour Paul, n'est pas saisi par tous au même lieu. Le plus souvent, on s'est attaché à une comparaison entre la prédication du Royaume de Dieu par Jésus et la doctrine paulinienne de la justification par grâce par le moyen de la foi, considérée comme la plus caractéristique de sa théologie[27]. Selon Nils Dahl, ce qui caractérise le message et l'attitude de Jésus, c'est les béatitudes pour les malheureux, l'accueil des exclus tels qu'ils sont, sans exigence de pureté rituelle: c'est déjà la justification du pécheur que Paul proclame[28]. A. J. M. Wedderburn rappelle que Bultmann avait reconnu un lien entre le concept de justice de Dieu et de justification chez Paul et celui de Royaume de Dieu chez Jésus[29]. Il accepte ce rapprochement, mais insiste sur le fait que chez Jésus comme chez Paul les concepts visent non seulement l'action miséricordieuse et salvatrice de Dieu, mais aussi son effet dans la vie de ceux qui en bénéficient. En somme, le coeur de l'Evangile est présent chez Paul comme dans le discours du Maître: l'homme pécheur, qu'il s'agisse du dévoyé ou de l'homme le plus religieux, doit être réconcilié avec Dieu, et dans sa grâce ce Dieu juste et bon a offert l'intermédiaire adéquat dans la personne de Jésus, le Fils qui donne sa vie en rançon. Il suffit de venir à lui et de le suivre sur le chemin. Paul ne dit pas autre chose avec les doctrines de la justification et de l'union au Christ mort et ressuscité qui autorise une marche en nouveauté de vie.

III. Continuité et nouveauté

Qui est le fondateur du christianisme? Jésus, dira-t-on. Oui et non. Oui, si l'on veut dire que sans Jésus il n'y a pas de christianisme, que le nom de Jésus reste, à juste titre, la référence incontournable du discours des Eglises. Paul lui-même tourne sans cesse le regard de ses correspondants vers le Christ-Jésus "issu selon la chair de la lignée de David"[30]. En dehors de lui, il n'y a pas de salut, pas de guide totalement fiable. Mais non, Jésus n'est pas fondateur, si l'on entend par là un créateur ex nihilo, un fondateur selon la définition du dictionnaire (Petit Robert): "Personne qui prend l'initiative de créer et d'organiser une oeuvre qui devra ou se trouvera subsister après lui". L'oeuvre de Dieu dans le monde ne commence pas avec la naissance de Jésus. Jésus s'est inscrit lui-même dans un plan divin éternel. Associé depuis toujours à ce plan en tant que Fils, il s'est voulu tout au long de son ministère soumis en toutes choses à la volonté du Dieu Père. Il y a eu la longue préparation de la venue de Jésus dans l'histoire d'Israël, par le don des Ecritures. Et l'Eglise, en un sens, n'apparaît qu'après lui. Jésus n'est pas un innovateur absolu, mais avec lui advient une étape décisive, en vérité le centre, de l'histoire du salut. Désormais le peuple de Dieu est appelé à faire mémoire de lui et, par l'Esprit, à vivre de sa vie de résurrection. Fondateur n'est donc pas le meilleur terme et le "christianisme" est une entité bien floue. Il est plus juste et plus précieux de saluer en lui le Sauveur et le Seigneur de l'Eglise.

Le terme de fondateur convient encore bien moins pour l'apôtre Paul. Il n'a pas voulu, il n'aurait pas pu, prendre une initiative de ce genre. N'est-il pas le persécuteur qui a dû être saisi par Jésus-Christ, comme il le dit lui-même. Puis il a commencé par être à l'école des autres chrétiens, à Damas, à Jérusalem, par bénéficier du savoir des apôtres avant lui. Il déclare en 1 Corinthiens 15:11, à propos de l'Evangile de la résurrection, Evangile qu'il reconnaît avoir reçu avant de le transmettre[31]: Que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru. Manifestement, il se veut disciple, même s'il n'emploie pas le terme, lui préférant celui de serviteur-esclave. Paul n'est pas fondateur, pas même "second fondateur" comme le présentait William Wrede dès 1904. On a proposé "créateur de la théologie"[32] : c'est encore trop dire, car c'est porter atteinte à la contribution de ceux qui avant lui ou en même temps que lui ont réfléchi à la voie nouvelle. Mais il faut lui reconnaître une envergure exceptionnelle et un rôle déterminant à la fois comme penseur dans la situation nouvelle de l'après Pâques et de l'après Pentecôte et comme missionnaire par excellence dans le monde païen. Son apport est capital car il a su discerner trois dangers majeurs pour l'avenir du mouvement de Jésus. Le danger de l'enfermement dans la judaïsme auquel conduisait inévitablement la tendance judaïsante dans l'Eglise, celui d'un spiritualisme "enthousiaste" s'imaginant vivre déjà la plénitude des promesses et méprisant les réalités du monde actuel, et celui d'un intérêt pour Jésus cultivant le merveilleux et le périphérique représenté par les apocryphes chrétiens. En prêchant Jésus-Christ crucifié et ressuscité, à la fois Sauveur plénier et Seigneur porteur de l'espérance de l'accomplissement, il a sauvegardé l'essentiel. On peut le qualifier de gardien, de défenseur et d'orienteur, de véritable disciple qui ne se contente pas de répéter mais cherche à comprendre et à formuler pour les besoins de l'heure. L'Eglise a reconnu en lui non seulement un "homme providentiel", mais l'apôtre guidé par l'Esprit saint pour être un des poseurs du fondement inébranlable. Les théologiens ont recherché des formules qui évoquent les aspects apparemment contradictoires de sa relation à Jésus: "libre version et traduction fidèle" (Collange), "innovation fidèle" et "transfiguration par fidélité" (Perrot)[33], "continuité et discontinuité" (Wedderburn). Cela fait penser à ce maître de maison dont parle Jésus "qui tire de son trésor du neuf et du vieux"[34], mais ici le neuf n'est, en définitive, qu'un prolongement actualisant de l'ancien. Pour l'intervention décisive de Jésus par rapport au passé, il faut au moins trois termes: rupture, continuité, dépassement. Deux suffisent pour la relation de Paul au Jésus des évangiles, et nous privilégions: nouveauté dans la continuité.

 


S. Bénétreau est professeur émérite de Nouveau Testament, Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine.
[1] 1 Co 2:2.
[2] Ph 3:10.
[3] D. Flusser, Jésus (Paris: Seuil, 1970).
[4] S. Ben-Chorin, Bruder Jesus (München: Paul List, 1967).
[5] D. A. Hagner, "Paul in Modern Jewish Thought", Pauline Studies. Essays presented to F.F. Bruce, (Exeter: éd. D.A. Hagner et M.J. Harris, Pater Noster Press, 1980).
[6] H. Graetz, Geschichte der Juden von den ältesten Zeiten bis zur Gegenwart, 11 vol., Leipzig, 1853-1870, cité par D. Hagner, op. cit. , 144-145.
[7] K. Kohler Jewish Encyclopedia, "Saul of Tarsus", 1905, p. 79-87, et "The Origins of the Synagogue and the Church", 1929, pp. 260-270; cf. D. Hagner, 148.
[8] Ainsi J. Klausner (Hagner, p. 148) estime que Paul a vécu, pour l'essentiel, en milieu hellénistique, même s'il a passé quelque temps aux pieds de Gamaliel, ce qui l'a conduit à trahir le véritable judaïsme, celui qui restait vivant en Palestine.
[9] A. Chouraqui, Jésus et Paul, fils d'Israël, (Aubonne: Editions du Moulin, 1988), 75 et 70.
[10] H. Maccoby, The Mythmaker : Paul and the Invention of Christianity, (Londres, Weinfeld and Nicholson, 1986).
[11] Rm 9-11!
[12] V.P. Furnish, "The Jesus-Paul Debate: from Baur to Bultmann", Paul and Jesus, (éd. A.J.M. Wedderburn, JNST 37, Sheffield Academic Press, 1989), 47-48.
[13] M. Goguel, L'apôtre Paul et Jésus-Christ (Paris: Fishbacher, 1904).
[14] Dans son article de 1948 (" De Jésus à l'apôtre Paul ", Revue d'Histoire et de Philsophie Religieuses 28, p. 1-9), Goguel défend la même thèse, écartant la solution prônée par A. Harnack qui voulait revenir à l'Evangelium Christi, la prédication du Royaume, au détriment de l'Evangelium de Christo, la doctrine paulinienne du salut réalisé par la croix. Pour Goguel, l'Evangelium de Christo est sorti de l'Evangelium Christi "comme la seule forme que pouvait prendre l'Evangile après que la prédication de Jésus ait été couronnée par sa mort" (p. 28). Mais il prend toujours ses distances à l'égard des "formules": "Au reste ce ne sont pas les formules qui importent, mais les réalités spirituelles qu'elles expriment" (p. 29).
[15] R. Bultmann, "La signification du Jésus historique pour la théologie de Paul", Foi et compréhension (Paris: Seuil, 1970), 211-239.
[16] Si l'on ne privilégie pas une seul évangile, Marc le plus souvent, comme le témoin le plus ancien et le plus fiable, le champ de la comparaison devient aussi plus large et plus riche.
[17] J.-F. Collange, De Jésus à Paul : l'éthique du Nouveau Testament, (Genève: Labor & Fides, 1980) insiste sur la dette de Paul à l'égard des "hellénistes" de Jérusalem et d'Antioche. Cf. A.J.M. Wedderburn, "Paul and Jesus : Similarity and Continuity", New Testament Studies 34, 1988, 161-182.
[18] 1 Co 15:5-7.
[19] La présence de ces deux renvois à Jésus est reconnue par des "minimalistes" tels que N. Walter, "Paulus und die urchristliche Jesustradition", New Testament Studies 31, 1985, pp. 498-522, et F. Neirynck, "The Sayings of Jesus in 1 Corinthians", The Corinthian Correspondance (Leuwen: Peeters, 1996), 172.
[20] Sur ce sujet on peut consulter M. Thompson, Clothed with Christ. The Example and Teaching of Jesus in Romans 12.1-15.13, JSNT 59, Sheffield Academic Press, 1991, et J.D.G. Dunn, " Jesus Tradition in Paul ", Studying the Historical Jesus. Evaluations and the State of Current Research, éd. B.C. Chilton et Cr. A. Evans (Leiden-New York-Köln: E.J. Brill, 1994).
[21] 1 Co 11:1: "Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ."
[22] 2 Co 8:9.
[23] 2 Co 10:1.
[24] D. Wenham, Paul, Follower of Jesus or Founder of Christianity (Grand Rapids: Eerdmans, 1995.
[25] Mt 11:25-27; Lc 10:21-22.
[26] Mc 10:45; Mt 20:28.
[27] D'autres théologiens formulent différemment l'accord fondamental entre Jésus et Paul. Chr. Senft, Jésus de Nazareth et Saul de Tarse (Genève: Labor & Fides, 1985), le situe dans l'attitude à l'égard de la loi et dans l'exigence de l'obéissance. Wedderburn, op. cit., privilégie l'ouverture aux gens du dehors. St.J. Patterson, "Paul and the Jesus Tradition: It is Time for Another Look", Harvard Theological Review (1991: 84/1), 23-41, se concentre sur le radicalisme social. J.-F. Collange, op. cit., qui s'intéresse essentiellement au domaine de l'éthique, conclut à une traduction fidèle bien que libre du message de Jésus.
[28] N. Dahl, "The Doctrine of Justification: Its Social Function and Implications", Studies in Paul: Theology of the Early Christian Mission (Minneapolis: Augsburg, 1977, cité par A.J. M. Wedderburn, " Paul and Jesus : Similarity... ", 167.
[29] A.J. M. Wedderburn, " Paul and Jesus : The Problem of Continuity ", Paul and Jesus (éd A.J. M. Wedderburn, JNST 37, Sheffield Academic Press, 1989), 102.
[30] Rm 1:3.
[31] 1 Co 15:3.
[32] M. Goguel, op. cit., p. 372.
[33] Ch. Perrot, "Paul, le disciple du Christ ou l'inventeur d'une religion?", Conférence donnée au Centre Luthérien de Paris, Institut Catholique de Paris, 1984.
[34] Mt 13:52.

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Les prières de Jésus sont interrogées afin d'éclairer la relation du Père et du Fils, et proposer des clés pour l'imitation et sa pertinence.

Quatrième de couverture

Jésus a prié, Jésus prie encore ! Tel est le témoignage des évangiles, telle est l'affirmation des épîtres du Nouveau Testament.

Mais que savons-nous au juste sur les prières de Jésus ? Quel éclairage le contexte culturel juif de l'époque apporte-t-il ? Quelle relation de Jésus au Père ces prières dévoilent-elles ? Quel discernement sur sa propre personne et sur son parcours laissent-elles entrevoir ?

C'est à ces questions, entre autres, que Samuel Bénétreau tente de répondre en nous faisant découvrir les prières de Jésus en chemin et celles de l'heure de l'épreuve et de la croix, sans oublier la grande et belle prière dite « sacerdotale », l'intercession du Médiateur, que rapporte l'Évangile selon Jean.

Un point, cependant, doit être soulevé, relève Samuel Bénétreau : « Devons-nous être des " imitateurs de Jésus-Christ " à cet égard ? Tout est-il imitable dans sa vie de prière ? Ou faut-il s'incliner devant une démarche unique ? »


a9782914144858.jpgL’auteur s’engage à donner un sens à la lecture de Romain 8v26-27: " De même aussi, l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les coeurs connaît la pensée de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intervient en faveur des saints."

- Il prend le soin de légitimer la prière de demande dans une époque où la louange tient une place majoritaire. Il présente ensuite toutes les interprétations qui ont été données sur ce texte et enfin, donne une exégèse du texte lui-même : il actualise ainsi le sens du passage pour nos prières et l'intègre dans l’ensemble de l’enseignement paulinien sur la prière.

 

- Le livre est utile pour qui veut approfondir sa connaissance sur le sujet mais aussi connaître certains des arguments différents de notre doctrine sur le thème de la prière. Le secours qui nous est donné par l’intercession de l’Esprit est clairement explicité et édifiant. Cependant l’ouvrage n’est pas comparable à un livre de piété comme celui de Carson, plus simple à lire et plus large dans son approche ; car ici, le thème est bien spécifique à ces 2 versets et le traitement bien plus technique. Il en a les avantages et les inconvénients : les arguments son jaugés et fondés, mais son aspect technique peut aussi paraître aride à quelqu’un de novice dans la lecture de ce type d’ouvrage. Nécessaire pour le pasteur et utile à tout croyant, mais pas le premier à conseiller pour qui cherche l’édification.